Une imagerie pour évaluer la dysfonction parasympathique dans la maladie de Parkinson

Une imagerie pour évaluer la dysfonction parasympathique dans la maladie de Parkinson

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La maladie de Parkinson idiopathique (MPI) peut s’accompagner d’un dysfonctionnement parasympathique précoce qui peut d’ailleurs être à l’origine de symptômes révélateurs. Parmi ceux-ci, figurent en bonne place la constipation, la gastroparésie et le dysfonctionnement vésical, à titre d’exemples. Parmi les hypothèses pathogéniques, il a été suggéré que la formation d’agrégats d’alpha-synucléine au sein du tractus gastro-intestinal, initialement locale, finirait, au fil du temps, par gagner le tronc cérébral via le nerf pneumogastrique, ce qui reste à démontrer.

Quoi qu’il en soit, les mécanismes de la dénervation parasympathique et, de facto, de la dystonie neurovégétative de la MPI, restent mal connus et il manque à l’évidence une technique d’imagerie fonctionnelle dans ce domaine. C’est là que pourrait intervenir la tomographie d’émission à positons (TEP), dès lors que l’on disposerait d’un radiotraceur permettant d’étudier les voies parasympathiques et notamment de tester leur intégrité fonctionnelle. Tel est le cas de la 5-méthoxy-donépézil marquée par le carbone 11 (11C), émetteur de positons dont la période physique est de 20,38 minutes. Ce radiopharmaceutique permet d’évaluer la densité de l’acétylcholinestérase (ACES) au sein du cerveau et des organes périphériques, en raison de sa grande affinité pour cette enzyme chargée de cataboliser l’acétylcholine au sein des synapses cholinergiques.

L’intérêt scientifique de cette approche est illustré par une étude de type cas-témoins dans laquelle ont été inclus 12 patients atteints d’une MPI légère ou modérée (âge moyen, 64 ± 9 ans) et 12 témoins appariés selon l’âge et le sexe (âge moyen, 62 ± 8 ans). La 11C-donépézil-TEP a été réalisée chez tous les participants. Des signes cliniques témoignant d’un dysfonctionnement parasympathique plus ou moins sévère ont été systématiquement recherchés, notamment la gastroparésie et la constipation. L’importance des troubles moteurs a été également été prise en compte. Deux paramètres objectifs ont été mesurés : d’une part, la variabilité de la fréquence cardiaque et le temps de vidange gastrique par scintigraphie.

Chez les malades, une diminution modeste quoique significative de la densité de l’ACES a été mise en évidence au niveau de l’intestin grêle (- 35 % versus témoins, p = 0,003) et du pancréas (-22 % ; p = 0,001). Aucune corrélation significative n’a été décelée entre ces anomalies et les variables suivantes : durée ou sévérité de la constipation, temps de vidange gastrique, variabilité de la fréquence cardiaque.  Au cours de la MPI, le noyau moteur dorsal du nerf vague est l’objet d’une dégénérescence volontiers sévère, tandis que des dépôts pathologiques et extensifs d’alpha-synucléine s’observent dans les terminaisons nerveuses cholinergiques atteignant le tractus gastro-intestinal.

En revanche, le système nerveux entérique qui est un peu considéré comme un deuxième cerveau quelque peu excentré, ne serait que peu affecté par la déplétion cholinergique qui caractérise partiellement la MPI, ce dont témoignent les résultats de cette étude, concernant des formes légères ou modérés de la MPI.  La 11C-donépézil-TEP pourrait cependant fournir un indicateur potentiel de la dénervation parasympathique des organes périphériques au cours de cette maladie ou d’autres affectant le système neurovégétatif. L’intérêt de cette étude de type préliminaire est essentiellement pathogénique et ses résultats méritent indéniablement d’être confirmés sur une plus grande échelle, tant l’effectif est restreint.

Dr Philippe Tellier

Publié dans le JIM le 22 02 2015

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