Tourni le chien de ma vie

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Tourni plus fort que la maladie !

Je m’appelle Tournicoton, je suis un Coton de Tuléar.

J’ai six mois, je vis entouré de mes parents, mes frères et mes sœurs. Il y a aussi d’autres chiens avec nous, ils ne nous ressemblent pas, leur couleur est différente, il y a du noir, du blanc, et du roux. Et puis ils ont de longues oreilles, un regard un peu triste, on les appelle Cavaliers King Charles. Nous formons tous une belle et grande famille sous la protection de Marie José, notre maman d’élevage. Les journées défilent dans l’insouciance d’une existence de chien heureux.

Un matin je déménage, et oui c’est ma destinée, je vais vivre chez mes nouveaux maîtres dans une belle et grande demeure. Quelle ne fût pas ma surprise quand je découvre mes futurs compagnons de jeu. Ce sont d’étranges animaux, avec de longues pattes qui se terminent sur un seul ongle, énorme, une tête toute allongée avec une bouche remplie de grandes dents, de longs poils qui s’étalaient sur le cou. Ce sont des chevaux.

L’homme tient à me familiariser avec eux. La tâche ne va pas être facile mais je veux bien y mettre de la bonne volonté. Un jour il m’emmène avec lui à l’écurie. Il brosse un cheval, je suis à ses pieds, je regarde ce géant, je ne suis pas rassuré. En plus je ne suis pas vraiment dans mon assiette aujourd’hui ou plutôt dans ma gamelle. Je grogne,  le canasson s’énerve et l’homme agacé me fait signe de partir mais je crois qu’il veut me frapper alors je le mords. Oh rien de bien méchant, mais cela a suffit pour qu’il me ramène chez Marie José.

Quelques semaines plus tard je la quitte à nouveau. Je me retrouve à l’arrière d’une voiture entre deux garçons qui m’incitent au jeu. A l’avant il y a un homme qui tout en conduisant me regarde dans le rétroviseur. A côté une femme se retourne sans cesse pour me sourire et me parler. Sa voix est douce, elle a l’air gentille, elle me plait bien.

Le voyage me paraît long. Arrivé sur place je suis accueilli par mes nouveaux amis Cotons.

La première journée se passe bien, il y a tout ce qu’il faut pour rendre un chien heureux, un immense jardin, une bonne gamelle avec d’excellentes croquettes, un bon panier  bien moelleux comme je les aime sans oublier l’essentiel beaucoup de caresses.

Mais voilà que de nouveau je ne me sens pas bien.  Je ne mange plus,  j’ai de la fièvre, je suis léthargique seul dans un coin. C’est le week end, Marie m’emmène chez le vétérinaire de garde, il pense que c’est probablement une infection urinaire. Je dois prendre des antibiotiques, et dans 24h dit il, je serai sur pattes. Hélas le lendemain cela s’aggrave personne ne peut me toucher, j’ai mal partout, ma température dépasse 40 degrés. Je ne sais pas ce qu’il m’arrive mais je ne peux plus bouger.

Le lundi nous consultons le vétérinaire de la famille, il me fait une radio des poumons, une prise de sang mais il n’arrive cependant pas à trouver ce qui ne va pas.

Marie téléphone à Marie José qui lui demande de venir pour avoir l’avis de son véto. Ce dernier m’a à peine examiné qu’il annonce que je présente des signes neurologiques, avec une raideur de la nuque, il va donc me garder en hospitalisation pour me faire un prélèvement de liquide céphalorachidien sous anesthésie générale. C’est délicat et risqué mais nécessaire.

Toutes les deux sont inquiètes.

Le lendemain la nouvelle tombe, c’est une méningite lymphocytaire aiguë, maladie auto-immune, génétique dont le pronostic n’est pas très bon. Le traitement est palliatif, c’est  la corticothérapie sur une courte durée.

 

Chaque jour Marie est aux petits soins avec moi, elle est attentive, prévenante, elle s’occupe de moi avec douceur, quand j’ai mal elle me porte pour que je puisse faire mes besoins dans le jardin, elle me soigne, me parle gentiment. Ma vie est bien agréable.

Ma santé finit par s’améliorer lentement mais sûrement.

Tant que je suis sous cortisone tout va bien dès que le dosage diminue je rechute.

Après pas mal de tentatives de sevrage et en accord avec le véto, Marie décide de poursuive le traitement sans l’arrêter. De toute façon avec ou sans je suis condamné à plus ou moins long terme.

Les jours, les semaines, les mois passent, ma croissance est perturbée par les effets secondaires de la corticothérapie, mes os se déforment, ma peau devient sèche, transparente, je perds mes poils, je prends du poids. Je ressemble à un petit cochon rose, pardon Coton rose. Globalement je ne vais pas trop mal et cela ne m’empêche pas de vivre ma petite vie de chien. Je cours, je saute, je me roule dans l’herbe, je chahute avec mes potes, j’aboie, je taquine les nanas et je tourne. Je tourne sur moi même, toujours dans le même sens, je fais cela souvent. Pourquoi je le fais, je n’en sais rien, mais quand cela arrive je tourne vite, très vite surtout quand je suis content, cela amuse beaucoup ma maîtresse. Je le fais plus lentement quand je suis malade. C’est d’ailleurs un signal d’alerte pour Marie qui me connaît désormais par cœur. Je vais garder cette particularité toute ma vie. Ce n’est pas pour rien que Marie José m’a appelé Tournicoton.

Cet attachement réciproque accentué par la maladie va se transformer rapidement pour Marie en une véritable adoration et pour moi en un amour loyal, inconditionnel. Je crois pouvoir dire que je suis son chouchou. Parfois elle dit que je suis un petit lapin car je remue ma truffe sans arrêt.

Trois ans se sont bientôt écoulés, j’ai toujours une épée de Damoclès au dessus de ma tête, Marie tente un énième sevrage. Et là miracle tout se déroule sans problème, pas de rechute, me voilà en rémission.

Marie a donc fait le bon choix, merci cortisone. Elle reste néanmoins vigilante.

Et moi je suis un Coton chanceux.

Marie et son Parki
Je ne sais pas ce qu’elle a Marie mais depuis quelques temps je la trouve différente et je ne suis pas le seul à le constater.

Elle est fatiguée, dès qu’elle rentre du boulot elle nous dit à peine bonjour, et hop la voilà allongée sur le canapé. Elle joue moins longtemps avec nous, j’adore tellement quand elle court avec nous et nous lance la balle. Le repas vite expédié, les gamelles parfois vont valser. Le brossage vite fait, un peu bâclé, je n’aime pas trop cela mais qu’est ce que je ne ferais pas pour être entre ses mains seul avec elle. Les caresses une ou deux de temps en temps pour avoir bonne conscience. Quant à son humeur, elle a changé aussi, elle crie souvent après nous, quelques fois c’est justifié mais pas toujours. Quand elle prononce Tourni, avec des fleurs dans la bouche ça va, mais quand elle dit Toto, Totoooo sur un ton sec c’est qu’elle est fâchée, elle a sans doute raison j’ai dû faire une bêtise. Oh je ne lui en veut pas à Marie je l’aime trop pour cela. C’est ma maîtresse. Elle est si gentille.

Un jour après avoir passé une journée à l’hôpital elle est restée une dizaine de jours au lit sans se lever. Comme moi on lui a prélevé du liquide céphalo-rachidien mais elle a fait un syndrome post ponction lombaire, elle avait très mal à la tête, elle ne mangeait plus, elle perdait du poids.

Les semaines suivantes elle était souvent épuisée, elle marchait courbée à petits pas, ses gestes étaient lents, elle était de plus en plus triste et déprimée. Je voyais bien que quelque chose n’allait pas, je ne savais pas quoi faire. Je n’étais pas le seul bien sûr, son mari et ses enfants s’inquiétaient…  Alors je me suis dit  que j’allais veiller sur elle comme elle l’avait fait pour moi quand j’étais malade. Je lui devais bien cela. Aussi je restais souvent assis ou couché à ses pieds. Je me faisais discret mais pas trop pour qu’elle sache que j’étais au cas ou elle ait besoin de moi. Je voyais bien que ma présence la réconfortait quand même.

Avec mes compagnons j’essayais de la distraire en faisant le pitre. Quelques fois cela marchait, ses lèvres esquissaient un sourire.

Deux longues années se sont passées avant que les médecins ne trouvent ce qui fait tellement souffrir Marie: c’est la maladie de Parkinson.

Comme moi elle doit prendre un médicament tous les jours, le sien s’appelle MODOPAR, c’est amusant on a chacun son pilulier, mais attention il ne faut pas se tromper !

Et petit à petit Marie reprend enfin du poil de la bête, quel bonheur. Elle sourit à nouveau, elle est joyeuse, elle se déplace avec aisance, ses gestes sont assurés, elle joue à nouveau avec nous dans le jardin. Tout le monde est content, mari, enfants et toute la meute de Cotons. Merci Levo Dopa.

 

 

Marie et Tourni pour la vie
Vous devez vous en douter, la maladie nous a rapproché Tourni et moi.

Cet attachement mutuel me ravi, Tourni est un chien adorable. Il est sympa, intelligent, attentif, il a bon caractère, il est sociable. Il adore quand je le porte, il se blotti contre moi, Il est tout chaud, tout doux, il se laisse aller confiant, et il sent bon, un léger parfum animal unique en son genre. Son regard est tendre et charmeur, je fonds littéralement, je ne suis jamais fâchée bien longtemps quand il a fait une bêtise.

Il me suit partout, là où il y a Marie il y a Tourni. Il est très curieux et très gourmand, la cortisone a accentué ce petit défaut le transformant en véritable ventre sur pattes. Une fois nous l’avons surpris dans le local où l’on range les sacs de croquettes, il en avait éventré deux et se goinfrait.

Il apprécie la voiture. Pendant le trajet il est souvent sur mes genoux ou alors il pose les deux pattes sur l’accoudoir entre les deux sièges avant, il se redresse et regarde trop devant lui, fier comme Artaban. De temps en temps nous allons rendre visite à Marie José, il ne faut surtout pas l’oublier.

Toto toujours présent dans les bons comme dans les mauvais moments, petite boule de poils qui a pris une place si importante dans ma vie.

Il est resté en rémission cinq ans, cinq ans que je n’ai pas vu passer et qui m’ont fait oublier que les chiens ne sont pas éternels. La rechute, l’ultime était inévitable. La  cortisone lui a accordé deux années de sursis. Le point de non retour tant redouté a fini par arrivé. On dit que tant qu’un chien mange c’est que tout va bien. Certes Tourni avait bon appétit mais c’était grâce à son traitement car il ne pouvait plus marcher, ses pattes étaient arquées, déformées par la déminéralisation osseuse, des plaies apparaissaient au niveau des oreilles, des babines, des coussinets, ses défenses immunitaires étant affaiblies par la cortisone. La maladie avait fini par prendre le dessus. Il passait son temps à dormir, je devais le porter il n’avait plus envie de se balader dans le jardin. Il restait sur place comme pétrifié, en me regardant l’air de dire c’est gentil mais je préfère dormir dans mon panier. Il devait souffrir mais je l’ai très rarement entendu se plaindre ou gémir.

Alors il a fallu prendre une décision, celle de l’euthanasie. Celle de la délivrance.

Car quel est l’intérêt pour un chien de continuer à vivre dans de telles conditions.

Quand on adopte un animal on est responsable de sa vie, on s’engage à prendre soin de lui et on ne s’imagine pas qu’un jour on nous demande de décider de sa mort.

Étrangement quand l’accord fût donné j’ai eu envie que la chose se réalise rapidement car j’ai pris conscience de la réalité de la situation. A cet instant la raison, le rationnel l’emporte sur l’émotion et les sentiments. Il faut penser au chien et pas à soi.

Au moment de l’injection un immense chagrin m’a envahi.

J’ai accompagné Tourni jusqu’à son dernier souffle, je ne pouvais pas le laisser seul surtout pas dans un moment pareil. Alors je caressais sa tête d’une main, l’autre je la posais sur ses côtes, je lui parlais doucement à l’oreille, je le regardais dans les yeux. Puis son corps s’est relâché, sa poitrine s’est immobilisée, son cœur s’est arrêté. Ses paupières ne se sont pas fermées, et j’ai perçu comme un apaisement juste avant que son regard ne se fige.

À cet instant j’ai éprouvé une étrange et déconcertante sensation de banalité du geste. Attention je ne juge pas le comportement du vétérinaire, je lui confie la santé de mes chiens depuis de nombreuses années. Il suffit de pousser le piston d’une seringue, à peine quelques secondes et ça y est tout est fini.

 

Tourni, mon Toto est mort au début de cet été. Je pense à lui tous les jours,  Toto mon fidèle compagnon de galère. Il souffrait c’est certain mais rarement il l’a montré. Il a mené une existence courte mais heureuse de Coton de Tuléar et c’est le souvenir d’un chien plein de joie de vivre que je veux garder de lui.

Alors vois tu, je te le dis Tourni, mais je crois que tu l’as compris, tu es le chien de ma vie.

 

 

Publié par

Miss Dopa

Je m'appelle Marie Christine, je vais bientôt avoir 57 ans. En 2005 ma vie bascule car j'apprends que j'ai la maladie de Parkinson. C'est une maladie neurodégénérative complexe, avec de nombreux symptômes. Elle aussi sournoise car elle habite progressivement votre corps sans que vous le sachiez . Et puis un jour le diagnostic tombe, mais il est déjà trop tard car elle est déjà bien installée. Une fois le choc de l'annonce passé, j'ai fait le choix de ne pas m'apitoyer sur mon sort et de lutter en m' adaptant à cette nouvelle vie qui s'impose à moi. Après un parcours thérapeutique classique par comprimés de LDopa, puis d'agonistes dopaminergiques, le stylo d'Apokinon et enfin la pompe a apomorphine, la neuro stimulation profonde devient une évidence pour moi.

13 réflexions au sujet de « Tourni le chien de ma vie »

  1. Très touchant ton reportage sur Tourni (TOURNICOTON c’était avec le chien POLUX, une émission de notre enfance sur ORTF à l’époque!)
    Je ne viens de le voir que maintenant car hier soir je me suis couché vers 22h30 pour une fois!
    Amitié
    Marc(o)

  2. Quelle belle histoire d’amour réciproque entre ce petit chien et Marie, c’est très beau et très émouvant.
    Tourni a eu une très belle vie grâce à Marie Christine et à Marie
    soyez sures qu il vous regarde la haut , au paradis des chiens………

    BON COURAGE
    AMITIES

  3. Le plus dur est pour ceux qui restent…
    Tourni aura été un chien extraordinaire. La seule consolation est qu’il a eu une vie très heureuse avec toi Marie Christine et je t’en remercie.
    Bisous.

    1. Merci à toi Marie José, pour ton soutien, tes encouragements, tes conseils, ton aide durant ma courte carrière d’éleveuse. Le Coton a été pour toute la famille une révélation et il nous apporte un bonheur permanent.

  4. Je suis la maman de Joé et je pleure très fort en lisant votre récit parce que cela me rappelle cruellement ce que nous avons vécu avec Guizmo aussi endormi en mars 2014 à 2 ans et demi d’une maladie auto immune: je hais et j’ai haï cette cortisone qui nous a transformé notre amour de coton sans pouvoir hélas nous le sauver, Tourni était le chien de votre vie c’était mon cas pour Guizmo et à l’heure actuelle je n’encaisse toujours pas que cette saloperie nous l’ait arraché. Comme vous dites il ne faut pas être jusqu’auboutiste et quand la vie de l’animal se résume en clinique véto, médicaments et souffrances il faut savoir dire stop. Nous espérons que là où il est il ne souffre plus et veille sur nous, sur Capri les 2 s’adoraient et sur Joé. Le 8 mars dernier j’ai été fort peinée comme je le serai tous les 8 mars jusqu’à la fin de mon existence. Mais Joé est arrivé en juillet non pour le remplacer mais pour une nouvelle aventure comme Julie et Jessie. Votre hommage m’a bouleversée et m’a ramené en arrière. Merci encore pour nous faire partager vos aventures avec les CKC

    1. Merci pour votre commentaire . Votre histoire avec Guizmo m’a beaucoup touchée aussi. Quand un animal nous quitte surtout quand il s’agit d’euthanasie c’est toujours une épreuve émotionnelle difficile, perturbante car la décision finale nous appartient a nous propriétaire de l’animal .
      A chaque fois que j’ai du prendre une telle décision je me suis toujours demandé si ce n’était pas prématuré, espérant une improbable amelioration ou « gagner » quelques jours supplémentaires à passer avec notre petit protégé . J’ai eu plusieurs chiens et peu sont morts de leur belle mort comme on dit.
      J’ai vécu des moments tres douloureux mais j’ai su les surmonter grace a ceux qui restent mais aussi parce que je n’ai voulu garder en moi que le souvenir des merveilleux moments que j’ai partagé avec chacun d’entre eux . Chacun a sa manière m’a apporté quelque chose et n’a fait que renforcer mon amour pour eux .
      Il faut laisser du temps au temps, chacun fait son deuil à son rythme .
      Guizmo vous a quitté trop tôt mais l’un comme l’autre vous avez le bonheur de faire un bout de chemin ensemble , il a eu la chance d’avoir des parents aimants qui ont pris soin de lui.
      Avec toute mon amitié
      Marie Christine

  5. très émoumante, cette histoire, j’ai dû prendre cette décision pour mon Cavalier king charles de 14 ans et demi, Poupy de son nom, qui souffrait en silence, sans jamais se plaindre.
    Amicalement,
    Annie

  6. En lisant je n’ai pu que pleurer car pour l’instant je vis ça avéc mon petit bébé kika je ne la lache plus elle est sous cortisone aussi et après 15j sans rien ce matin une nouvelle crise je suis en larme car je me sens impuissante à cette saloperie de maladie pour l’instant on vis avec une épée de damoclese au dessus de notre tête on peut que attendre les jours qui passent et voir comment mon bébé réagis pour l’instant je ne la vois pas souffrir mais je ne veux pas la voir souffrir si je devrais prendre la décision de la soulager je le ferais je me prépare car je l’aime tant elle fait partie de moi courage à toutes les personnes qui vivent ça car je sais ce que ça fait

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