La dernière preuve d’amour

sarah8w

Ne pleure pas Marie, tu as pris la bonne décision. Je sais que tout le monde te le dit, mais si cela peut te consoler je te l’affirme aussi. Je suis quand même la mieux placée pour en juger, tu ne crois pas ?

Je m’appelle Sarah, je suis une joyeuse petite femelle Coton de Tuléar, mes parents biologiques sont Réglisse des Feeries du Valdonne et Pitchi des Feeries du Valdonne. Mais la maman qui s’est s’occupée de moi toute ma vie c’est un humain, une femme qui s’appelle Marie, je suis née dans son élevage. Elle m’a donné également un surnom Pépette, qu’elle prononce souvent en me taquinant.
J’ai eu une enfance choyée avec Pitchi, une maman douce, aimante, qui ‘m’a donné une très bonne éducation.
Ensuite c’est toi Marie qui a pris le relai, je devais t’écouter, t’obéir car c’était toi mon chef de meute.
J’ai eu une très belle vie de chien que beaucoup de mes congénères ont du envier. Je n’ai manqué de rien.
Une bonne gamelle servie à l’heure en quantité suffisante avec des croquettes de qualité, de l’eau fraîche à volonté, dans une vaisselle toujours propre.
Tu répétais souvent: les chiens ne sont pas la poubelle des humains par conséquent ils ne doivent pas être nourri uniquement avec les restes de table de leurs maîtres.
Quand on accueille un chien dans une famille, il est normal de prendre soin de lui et cela implique une alimentation saine et adaptée. Sur ce point là tu étais vigilante .
Bien que cela soit défendu par le véto il y avait de temps en temps des petits extra, comme du fromage, du pain, de la charcuterie.

Pour dormir et me reposer je disposais d’un confortable panier ou un tapis bien moelleux. La nuit tu m’autorisais même à dormir dans ta chambre ou j’avais ma place non loin de toi près du radiateur.
J’adorais jouer avec mes frères et sœurs, je ne les ai pas connu longtemps car ils sont partis dans leur famille respective. Moi je suis restée avec toi pour mon plus grand bonheur.
Je me souviens qu’il y avait de nombreux jouets que je mordais à plein croc. J’aimais courir à toute vitesse traversant le jardin comme une petite folle, renifler intensément les odeurs émanant de l’herbe fraîchement tondue, fureter dans les petits coins de cet immense terrain de jeux où il n’y avait aucun d’interdit.

Il y a dans l’existence d’un Coton de Tuléar un moment incontournable, un passage obligatoire, qui se renouvelait un peu trop souvent à mon goût, c’est le toilettage.
Je n’étais pas très coopérante n’est ce pas. Le démêlage, la douche, le brossage, le séchage, quelle galère. Au début tu utilisais un gros séchoir sur pied, mais un jour tu as carrément acheté une cabine de séchage. Alors la, je peux te dire que tous les chiens détestaient. Il fallait pas être claustrophobe car on se retrouvait enfermé dans cette machine infernale, avec un vent force 8 au moins, qui nous arrivait en pleine truffe, un bruit assourdissant qui agressait nos oreilles et nos poils voletaient dans tous les sens, on avait l’impression qu’ils allaient se décoller de notre peau. Heureusement il y faisait chaud.
Et pour finir, la mise en beauté. Il y a des jours où j’aurais préféré être née chien nu. Mais cela valait bien la peine d’en passer par là, car la dernière étape était la meilleur: c’était la récompense. Tu étais vraiment gentille car même si je n’étais pas très disciplinée tu n’en donnais une quand même.

Tu as tellement bien pris soin de moi durant ces 13 années. Le jour de ma naissance quand tu as aidé Pitchi ma maman à mettre bas, quand tu m’as déposée délicatement sur la balance, je pesais à peine 80 g,  et ensuite chaque jour pour surveiller ma courbe de poids, quand tu m’as caressé du bout des doigt, tu étais mon premier contact avec un humain. Quand tu me portais pour que j’apprenne a faire mes besoins dehors, tu me montrais comment descendre et monter les escaliers. Quand je taquinais avec ma truffe une abeille sur une fleur, quand tu venais à mon secours si une de mes griffes étaient accrochée dans mon abondante fourrure.

Je sais, j’ai été parfois désobéissante.  Par exemple lorsque j’aboyais en entendant une mouche voler ou en voyant passer un promeneur derrière la clôture et que je ne répondais pas au rappel. Je reconnais que j’étais plutôt têtue. Surtout quand j’avais décidé de ne pas sortir faire un dernier pipi le soir vers 23h ou de ne pas rentrer parce que je me trouvais bien dehors et toi tu piétinais d’impatience car tu était sur le point de partir à ton travail.

Tu étais très vigilante en ce qui concerne mon état de santé. Vaccins, vermifuges étaient administrés en temps et en heure.
Il y a quelques années je n’allais pas bien tu m’as emmené chez le vétérinaire qui a découvert une insuffisance rénale. Avec des croquettes adaptées à cette maladie, ma santé s’est amélioré.
C’est alors qu’en janvier dernier mes urines sont devenues un peu sanglantes, tu as pensé a une infection urinaire. Après 3 semaines d’antibiotiques aucun changement.
Alors le véto a parlé d’examens complémentaires du genre scanner, biopsie, tu semblais très inquiète.
L’endoscopie et la biopsie vésicale prescrites ont été réalisées, il a encore fallu patienter pour avoir le résultat. Je me souviens du jour où le véto te l’a annoncé: c’est  un cancer de la vessie, inopérable car il est situé sur le plancher vésicale il est à un stade déjà bien avancé le pronostic est de 2 à 3 mois. J’ai vu ton visage blêmir, tes yeux s’embuer.  Tu m’as serré contre toi, ton cœur battait fort, tu n’arrêtais pas de me caresser.
Le traitement palliatif était le plus approprié avec quelques comprimés à avaler chaque jour et tu sais combien j’ai horreur de cela. Un vrai supplice pour toi comme pour moi. Tu as bien essayé de ruser, et tu as fini par admettre que il y avait plus maline que toi. J’ai le palais fin et ma truffe on ne peut pas la tromper si facilement, mais je reconnais que tu avais de l’imagination. Mais même caché dans une crème de gruyère, dans un morceau de fromage qui pue, ou pilé et mélangé à de la viande j’arrivais toujours à sentir le médicament.
Seulement voilà tu as réussi à me leurrer, avec une pâte spéciale pour chien difficile que l’on enrobe autour du comprimé, et voilà le tour est joué ni vu ni connu, en plus j’ai adoré cela.

La maladie m’a rendue chipoteuse pour la nourriture, les croquettes je n’en n’avais plus très envie. Alors tu me préparais une gamelle faite maison avec de la bonne viande hachée bœuf ou poulet accompagnée de petites pâtes. Un régal.
Les jours passaient je n’avais plus le cœur ni à jouer, ni à participer à la vie familiale. Très  souvent je m’isolais pour dormir car j’étais fatiguée, je n’aboyais plus en entendant la sonnette, je ne prenais même plus la peine de te faire la fête quand tu rentrais à la maison. J’étais indifférente à presque tout.

Uriner m’était devenu insupportable. Une pesanteur dans la vessie qui me donnait cette désagréable sensation d’avoir toujours envie de faire pipi. J’étais obnubilée par cela. J’avançais dans l’herbe, le dos courbé, les pattes arrière pliées en poussant vainement de toutes mes forces. Quand la nuit ces mictions impérieuses me tourmentaient, tu m’accompagnais jusque le pas de porte, tout en me parlant et me rassurant, tu m’attendais à moitié endormie pendant que j’arpentais péniblement le jardin essayant de me soulager.
Dès que je rentrais tu avais trouvé une bonne façon d’apaiser ma douleur. Tu te mettais assise, tu m’allongeais sur tes genoux et tu me caressais le bas du ventre. Qu’est ce que cela me faisait du bien.
Et puis il y a eu cette fois au retour d’une de mes sorties nocturnes, je suis revenue toute tremblante de douleur, de fatigue, je me suis frottée d’une manière appuyée  sur tes jambes comme le font les chats, mes yeux fixant les tiens avec instance. Tu as été surprise par ce comportement inhabituel de ma part, moi qui étais si peu câline. Tu t’es accroupie, en me regardant intensément, et avec de l’émotion dans la voix tu m’as dit: toi tu essayes de me faire comprendre quelque chose.

En effet tu as su percevoir ma souffrance, et admettre qu’il était temps que cela cesse. J’ai vu des larmes couler sur tes joues. Alors tu m’as porté et serré contre toi, en murmurant mon prénom entre deux sanglots.
C’est à ce moment que tu as pris ta décision, cette grave et pénible décision, ce choix tant redouté. L’euthanasie. Un mot qui fait vous fait peur à vous les humains mais qui dans mon cas signifie soulagement.
De plus en plus je m’isolais dans le salon sur le fauteuil que j’affectionnais particulièrement, je ne pensais qu’a dormir, ma vie de Coton heureux ne m’intéressait plus, ne m’amusait plus.

Oui tu as pris la bonne décision Marie, tu as fait ce qu’il fallait et tu l’as fait pour moi. Ce que tout bon maître devrait faire pour son petit protégé c’est à dire ne pas agir en égoïste mais se soucier d’abord et avant tout du bien être de celui ci.

Je n’ai manqué de rien avec toi, surtout pas d’amour et le choix que tu as fait pour moi  en est bien la preuve, la dernière, la meilleure que tu pouvais me donner à moi Sarah  joyeux petit Coton de Tuléar.