Les neurones dopaminergiques fœtaux transplantés chez les patients atteints de maladie de Parkinson restent en bonne santé et fonctionnels pendant au moins 14 ans

Des résultats encourageants, de sérieux espoirs.
Vu dans le Quotidien du médecin du 11juin 2014.

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Les neurones dopaminergiques fœtaux transplantés chez les patients atteints de maladie de Parkinson restent en bonne santé et fonctionnels pendant au moins 14 ans, selon une étude publiée dans Cell Reports. Un encouragement pour le développement des thérapies cellulaires basées sur les CSPi dans la maladie de Parkinson.
On peut aujourd’hui affirmer que la transplantation de neurones dopaminergiques fœtaux peut améliorer les symptômes chez les patients atteints de la maladie de Parkinson et peut réduire, voire éliminer, le besoin de L-dopa. L’amélioration clinique ne commence à s’observer qu’un 1 après la greffe généralement, mais les greffons peuvent survivre et fonctionner pendant de nombreuses années. Deux patients, décrits récemment, continuent même de s’améliorer plus de 18 ans après la greffe. Toutefois cette approche thérapeutique n’a été proposée qu’à un nombre limité de patients (une centaine) dans le cadre d’essais cliniques.
La dernière controverse était de savoir si les neurones implantés devenaient malades avec le temps, par un phénomène de propagation de l’alpha-synucléine de l’hôte au greffon à la façon du prion. « Cette étude montre que ce n’est pas le cas ; les neurones survivent et leur croissance se poursuit sur une longue durée », explique au Quotidien le Dr Ole Isacson de l’Université d’Harvard et de l’Hôpital McLean (Boston).
Examens post-mortem
Dans leur étude, Isacson et coll. ont examiné le tissu cérébral post-mortem de 5 patients qui avaient reçu entre 4 à 14 ans auparavant une greffe intracérébrale d’une suspension de neurones dopaminergiques foetaux. « Nos résultats montrent une expression forte des transporteurs de dopamine et l’absence d’anomalies morphologiques des mitochondries dans les neurones dopaminergiques implantés, ceci jusqu’à 14 ans après la transplantation. Nos données suggèrent donc que les neurones dopaminergiques transplantés peuvent demeurer en bonne santé et rester fonctionnels pendant des décennies », souligne le Dr Isacson. Ces données réfutent donc l’idée que ces greffons dégénèrent au fil du temps. Les chercheurs espèrent maintenant progresser vers d’autres sources de neurones dopaminergiques, notamment les cellules souches progénitrices induites (CSPi).
« Ce travail signifie que les approches de thérapie cellulaire basées sur les cellules souches, telles que celles utilisant les propres cellules souches du patient (CSPi) pour créer de nouveaux neurones, ont une chance raisonnable de succès en offrant un bénéfice long-terme pour les patients », estime le Dr Isacson. « La prochaine étape, sera de développer le même type de neurones dopaminergiques à partir des CSPi des patients afin de les transplanter dans de futurs essais cliniques ».
Dr Véronique Nguyen
Cell 6 juin 2014, Hallett et coll.

Lien entre la perte des neurones dopaminergiques de la substance noire et les troubles émotionnels et motivationnels se développant dans la maladie de Parkinson

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Lien entre la perte des neurones dopaminergiques de la substance noire et les troubles émotionnels et motivationnels se développant dans la maladie de Parkinson
Par Harold Mouras (Laboratoire de Neurosciences Fonctionnelles et Pathologies, CNRS – UMR 8160, Amiens)Article commenté :Loss of dopaminergic nigrostriatal neurons accounts for the motivational and affective deficits in Parkinson’s diseaseDrui G, Carnicella S, Carcenac C et al.Mol Psychiatry. 2013 Feb 12. doi: 10.1038/mp.2013.3.
► Retrouvez l’abstract en ligne
A l’origine du développement de la maladie de Parkinson existe notamment une dégénérescence des neurones dopaminergiques à l’origine des principaux symptômes moteurs de la maladie. Cependant, comme nous l’évoquons classiquement ici, des troubles des émotions et de la motivation apparaissent également souvent au cours du développement de la maladie. A titre d’exemple, on observe parfois l’apparition de symptômes dépressifs, anxieux ou de déficits motivationnels tels que l’apathie.Dans la conception moderne des processus pathophysiologiques de la maladie, une vision dichotomique s’impose avec des troubles moteurs liés à l’atteinte des neurones moteurs appartenant à une zone particulière, la « pars compacta » de la substance noire (SNc) et des troubles émotionnels et motivationnels liés à l’atteinte de ceux appartenant à une autre voie issue de l’Aire Tegmentale Ventrale (ATV).Historiquement, cette vision a été sous-tendue par les recherches conduites dans des modèles animaux et impliquant des lésions plus ou moins larges des zones SNc et ATV. Cependant, ces lésions touchent la plupart du temps une certaine portion de la zone adjacente. Dans cette recherche, les auteurs ont développé un modèle lésionnel impliquant des destructions des neurones dopaminergiques clairement circonscrites à l’une ou l’autre de ces deux aires et dans lequel les capacités motrices des animaux étaient préservées.Les résultats de cette étude furent particulièrement clairs. Grâce à leur modèle lésionnel, les auteurs parvinrent clairement, via des lésions bilatérales partielles des aires ATV ou SNc, à produire des profils d’atteintes des neurones dopaminergiques sans recouvrement spatial.Par ailleurs, les résultats montrèrent une atteinte spécifique des comportements motivés et des corrélats émotionnels associés lors d’une lésion de la zone SNc et non lors d’une lésion de la partie médiane la zone ATV. Ces effets étaient réversibles lorsque des agonistes de la dopamine étaient injectés dans cette zone ou bien lorsque les récepteurs dopaminergiques étaient activés directement. Ainsi, cette étude souligne l’implication centrale de la zone SNc et des lésions se produisant dans cette zone au cours de la maladie pour rendre compte dans l’occurrence des troubles motivationnels apparaissant au cours du développement de la maladie de Parkinson. Cette implication a été largement négligée pour l’heure dans la littérature concernée.Les résultats de cette étude soulignent aussi l’importance des troubles affectifs et motivationnels se déroulant dans la maladie de Parkinson et qui sont dès lors relativement indépendants des troubles moteurs survenant dans la maladie. Ces troubles affectivo-motivationnels seraient à relier principalement à la dégénérescence des neurones dopaminergiquesde la SNc lors de la maladie.

Publié dans le Neuro Scoop du 22 07 2013.