Effets à court et long terme d’un programme de 4 semaines de réhabilitation intensive sur la marche et l’équilibre de patients parkinsoniens

SilhEffets à court et long terme d’un programme de 4 semaines de réhabilitation intensive sur la marche et l’équilibre de patients parkinsoniens
Par Thierry Lelard (Amiens)Article commenté :Short- and long-term efficacy of intensive rehabilitation treatment on balance and gait in parkinsonian patients: a preliminary study with a 1-year followup.Frazzitta G, Bertotti G, Uccellini D et al.Parkinsons Dis. 2013;2013:583278.
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Parmi les symptômes moteurs de la maladie de Parkinson, les troubles de la marche et de l’équilibre connaissent une dégradation importante avec l’évolution de la maladie. Ces troubles de la marche et de l’équilibre sont difficiles à traiter car ils présentent des causes multifactorielles et plusieurs travaux montrent qu’ils ne semblent pas être directement associés au dysfonctionnement du système dopaminergique.Dans ces circonstances, les auteurs avancent l’hypothèse qu’une approche non médicamenteuse, basée sur des exercices de réhabilitation multidisciplinaires, pourrait être efficace afin d’améliorer la marche et l’équilibre. Vingt patients parkinsoniens au stade 3 de Hoehn et Yahr marchant sans assistance et ayant chuté plus de 2 fois au cours de l’année ont participé à cette étude longitudinale. Les auteurs ont proposé un programme intensif de 4 semaines (3 sessions d’une heure par jour, 5 jours par semaine) comportant des techniques classiques de réhabilitation combinées avec un entraînement sur tapis roulant et des exercices surplateforme stabilométrique.Le programme de réhabilitation comprenait un échauffement cardio-vasculaire, des exercices de relaxation, des étirements musculaires, des sollicitations des amplitudes articulaires ainsi que des exercices de transfert. Les exercices visant spécifiquement à l’amélioration de l’équilibre étaient réalisés sur une plateforme posturographique. Ils consistaient à solliciter le déplacement du poids corporel pour atteindre des cibles présentées sur un écran.Les exercices visant spécifiquement à l’amélioration de la marche étaient réalisés sur tapis roulant incluant des techniques d’indiçage externe. Ils consistaient à l’atteinte d’une cible spatiale pour augmenter l’amplitude du pas tandis qu’un signal sonore permettait d’atteindre unefréquence de 0,5 cycle/s.A l’issue de ces 4 semaines de pratique intensive, les patients étaient encouragés à poursuivre une activité physique de 30 minutes par jour. Les résultats présentent une amélioration dans les différents tests réalisés (score UPDRS pour l’équilibre et pour la marche, échelle de BERG, timed up and go, le test de 6 minutes, la vitesse de marche confortable et rapide) mettant en évidence l’efficacité de ce type d’entraînement sur l’équilibre et la marche.Un an après l’entraînement, certains de ces effets perdurent notamment pour la marche (score UPDRS pour la marche, la vitesse de marche confortable et rapide) puisque les résultats obtenus à un an sont supérieurs aux tests d’inclusion. Pour les autres tests, les valeurs obtenues après 1 an sont équivalentes aux valeurs obtenues au moment de l’inclusion. Il est à noterqu’aucun de ces patients n’a dûaugmenter sa prescription médicamenteuse. Malgré l’absence d’un groupe contrôle, ce travail semble démontrer qu’un programme d’entraînement multidisciplinaire intensif permet d’améliorer ou de maintenir les capacités de marche ou de contrôle de l’équilibre un an après l’entraînement de 4 semaines. Ceci confirme le résultat de travaux précédents qui ont montré que l’activité physique peut être considérée comme un moyen de maintenir l’autonomie dans les activités quotidiennes et retarder l’augmentation du dosage médicamenteux.Le caractère intensif du programme de réhabilitation apparaît comme un élément clé pour obtenir de meilleurs résultats,même si d’autres travaux seront nécessaires pour étudier les conditions optimales de réalisation de ces exercices et leurs effets à long terme.

Lien entre la perte des neurones dopaminergiques de la substance noire et les troubles émotionnels et motivationnels se développant dans la maladie de Parkinson

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Lien entre la perte des neurones dopaminergiques de la substance noire et les troubles émotionnels et motivationnels se développant dans la maladie de Parkinson
Par Harold Mouras (Laboratoire de Neurosciences Fonctionnelles et Pathologies, CNRS – UMR 8160, Amiens)Article commenté :Loss of dopaminergic nigrostriatal neurons accounts for the motivational and affective deficits in Parkinson’s diseaseDrui G, Carnicella S, Carcenac C et al.Mol Psychiatry. 2013 Feb 12. doi: 10.1038/mp.2013.3.
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A l’origine du développement de la maladie de Parkinson existe notamment une dégénérescence des neurones dopaminergiques à l’origine des principaux symptômes moteurs de la maladie. Cependant, comme nous l’évoquons classiquement ici, des troubles des émotions et de la motivation apparaissent également souvent au cours du développement de la maladie. A titre d’exemple, on observe parfois l’apparition de symptômes dépressifs, anxieux ou de déficits motivationnels tels que l’apathie.Dans la conception moderne des processus pathophysiologiques de la maladie, une vision dichotomique s’impose avec des troubles moteurs liés à l’atteinte des neurones moteurs appartenant à une zone particulière, la « pars compacta » de la substance noire (SNc) et des troubles émotionnels et motivationnels liés à l’atteinte de ceux appartenant à une autre voie issue de l’Aire Tegmentale Ventrale (ATV).Historiquement, cette vision a été sous-tendue par les recherches conduites dans des modèles animaux et impliquant des lésions plus ou moins larges des zones SNc et ATV. Cependant, ces lésions touchent la plupart du temps une certaine portion de la zone adjacente. Dans cette recherche, les auteurs ont développé un modèle lésionnel impliquant des destructions des neurones dopaminergiques clairement circonscrites à l’une ou l’autre de ces deux aires et dans lequel les capacités motrices des animaux étaient préservées.Les résultats de cette étude furent particulièrement clairs. Grâce à leur modèle lésionnel, les auteurs parvinrent clairement, via des lésions bilatérales partielles des aires ATV ou SNc, à produire des profils d’atteintes des neurones dopaminergiques sans recouvrement spatial.Par ailleurs, les résultats montrèrent une atteinte spécifique des comportements motivés et des corrélats émotionnels associés lors d’une lésion de la zone SNc et non lors d’une lésion de la partie médiane la zone ATV. Ces effets étaient réversibles lorsque des agonistes de la dopamine étaient injectés dans cette zone ou bien lorsque les récepteurs dopaminergiques étaient activés directement. Ainsi, cette étude souligne l’implication centrale de la zone SNc et des lésions se produisant dans cette zone au cours de la maladie pour rendre compte dans l’occurrence des troubles motivationnels apparaissant au cours du développement de la maladie de Parkinson. Cette implication a été largement négligée pour l’heure dans la littérature concernée.Les résultats de cette étude soulignent aussi l’importance des troubles affectifs et motivationnels se déroulant dans la maladie de Parkinson et qui sont dès lors relativement indépendants des troubles moteurs survenant dans la maladie. Ces troubles affectivo-motivationnels seraient à relier principalement à la dégénérescence des neurones dopaminergiquesde la SNc lors de la maladie.

Publié dans le Neuro Scoop du 22 07 2013.