Mes premiers bébés

Mes premiers bébés.

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Ça y est je vais enfin pouvoir commencer mon activité d’éleveuse. Le déménagement est proche, je suis ravie et même si j’angoisse un peu , l’excitation du changement, de la nouveauté l’emporte. Mon projet se concrétise, je l’ai tellement imaginé dans ma tête cet élevage, j’espère qu’il sera à la hauteur de mes espérances.

C’est Ouinie bien sur que j’ai envie voir la première être maman, c’est une évidence pour moi. C’est ma première femelle, elle fera je le sais de beaux bébés.
Réglisse mon étalon n’est pas confirmé et il est trop jeune pour reproduire, donc il faut un mâle d’un autre élevage. Pour ceux qui ont suivi les épisodes précédents vous devinez chez qui je vais m’adresser pour en trouver un : Marie José, mon amie éleveuse de Cotons de Tuléar .
Et comme le hasard fait bien les choses Ouinie a ses chaleurs début juillet. La durée de la gestation variant entre 58 et 66 jours, nous serons depuis peu dans notre nouvelle maison, tout est parfait.
La saillie se fait avec un bel étalon appelé Libertie. Maintenant il n’y a plus qu’à attendre, c’est dame nature qui prend le relai.
Sauf que les choses ne se passent pas toujours comme nous le souhaitons car malheureusement il n’y a pas eu fécondation, la saillie a eu lieu trop tôt ou trop tard.
Je suis déçue, mais pas longtemps car Odalys a débuté ses chaleurs peu de temps après Ouinie, une merveilleuse et inattendue coïncidence.
Nous voilà donc de retour chez Marie José, Libertie saillie Odalys, et cette fois ça marche. Il faut maintenant laisser  » mijoter « quelques semaines, la  naissance prévue fin septembre .

Les jours défilent, sans ennui, les préparatifs du déménagement occupant notre temps libre. Cela ne nous empêche pas de garder un œil sur la future maman, d’être à l’affût du moindre changement physique ou comportemental, c’est à qui verra le premier son ventre d’arrondir.

C’est ainsi qu’une page de 11 années de notre histoire familiale se tourne, avec un petit pincement au cœur malgré tout. Nous sommes heureux de commencer un nouveau chapitre avec plein de projets en perspective .

1er septembre 2000, c’est le jour du déménagement. La veille au soir avec mon fils aiiné, nous avons transféré nos Cotons d’une maison à l’autre, mon mari et mon second fils étaient  restés pour accueillir les déménageurs le lendemain matin.
Je nous revois tous à la tombée de la nuit, dans ma petite Twingo orange, parcourant ces 25 Kms. Les sièges arrière rabattus, tous les chiens étaient là assis, couchés, ou debout, certains l’air un peu inquiet, et d’autres plus calmes, confiants sans doute rassurés d’être avec nous.
L’idée que nous puissions nous faire contrôler m’a je dois avouer effleuré l’esprit.
 » Police bonjour ma p’tite dame, qu’est que vous faites avec tous ces chiens ?
 » Mais non, m’sieur l’agent ce n’est pas ce que vous croyez !

Arrivés à destination je vous laisse imaginer la réaction de tout ce petit monde..Ils ne savaient plus où donner de la truffe, dans cet immense jardin, ce territoire inconnu qu’ils allaient rapidement s’approprier. Pour eux aussi un nouveau chapitre s’ouvrait avec des zones à explorer et une multitude d’odeurs à découvrir.
Pour cette première nuit nous campons tous dans une chambre au milieu des cartons empilés ça et là.
Nous avons peu et mal dormi, il a fait chaud, l’église est proche et le clocher carillone tous les quarts d’heure, les chiens ont pas mal bougé, bref le réveil fût pénible.
L’emménagement terminé, nous prenons possession des lieux tranquillement, les chiens quand à eux se sont déjà familiarisés à chaque endroits intérieurs comme extérieurs.
Je suis un peu inquiète pour Odalys car avec tout ce remue ménage elle n’a pas encore trouvé ses marques; cependant elle n’est jamais loin de son jeune maître à qui elle voue un amour absolu.

Je trouve Odalys jolie en future maman, elle qui est plutôt menue, l’embonpoint lui va bien.
J’adore toucher son ventre et souvent  je m’assois  sur le canapé et je l’installe sur moi, où elle se laisse complètement aller, m’offrant ainsi son petit ventre bien rond. Je le caresse doucement. Sa fine peau rose, chaude et douce me permet de sentir ses petits bouger. A chaque fois je suis émue, j’ai hâte de les voir, de les toucher. Je les aime déjà.

Ce mois de septembre passe très vite, la rentrée des classes s’est deroulée sans problème dans un nouveau collège. Il reste encore pas mal de rangement à effectuer et des travaux à réaliser en priorité: papiers peints, peinture, revêtements de sol etc… Les  journées sont très laborieuses car je travaille, j’ai préféré garder des congés pour la mise bas.
Nous avons décidé de réserver une partie du rez de chaussée pour l’élevage mais l’ouvrage va prendre du temps, c’est pourquoi une pièce à l’étage servira provisoirement de maternité.
J’y installe donc tout ce dont je vais avoir besoin. Dans un coin je dispose une grande caisse en plastique dans laquelle je dispose un Vet Bed, un tapis spécial bien épais, bien chaud (initialement il était utilisé au début du siècle dernier dans les hôpitaux anglais en prévention des escarres). J’installe une lampe chauffante juste au dessus, ainsi que les barrières qui formeront le parc pour les bébés.
Sur une table, je prévois des serviettes de toilettes, d’autres Vet Bed de rechange, un thermomètre pour controler la température de la nurserie, ainsi que deux gamelles, des croquettes, de l’eau pour nourrir la maman.
Le jour « J  » se rapprochant rapidement je commence à angoisser. Comme c’est la première fois je crains qu’une complication ne survienne et que je ne sache pas gérer la situation. Je révise mes cours, je relis, et relis encore dans mes livres les paragraphes traitant du déroulement d’une mise bas et les possibles complications.
Marie José m’apporte son soutien, elle me rassure et me rappelle que je dois laisser faire la nature, que dans la majorité des cas tout se passe normalement.

Le comportement d’une femelle gestante change quelques jours avant la misie bas.
Elle recherche un endroit calme pour faire son nid, parfois se cache sous un meuble. elle perd l’appétit, peut même vomir. Mais cela peut varier d’un animal à l’autre.
Les signes évidents qui montrent que la naissance approche sont la chute de la température de 1° les dernières 24h et les contractions bien sûr.

Le terme se rapprochant j’observe Odalys sans relâche pour ne pas passer à coté d d’un indice évocateur. Et puis un jour en début d’après midi, elle montre des signes d’agitation, elle gratte le sol nerveusement, ne tient pas en place, elle semble chercher quelque chose, elle halète bruyamment. Je palpe son abdomen, il est dur et tendu comme une outre pleine. Je remarque qu’elle va souvent se placer devant la porte de la chambre de mon fils aîné.
Ce n’est qu’en début de soirée que le travail commence réellement.
Je l’emmène donc dans la pièce préparée pour la mise bas mais visiblement cela ne lui plait pas; elle me le fait bien comprendre car elle retoune inlassablement vers la chambre de son jeune maître, l’air de me dire c’est là que je veux mettre bas. Elle doit s’y sentir en sécurité. Donc nous ne voulons pas la contrarier et au vu de sa détermination nous rapatriions tout le nécessaire dans la « nouvelle maternité » improvisée.
C’est un véritable événement pour toute la famille, chacun d’entre nous n’ayant jamais assisté à une quelconque naissance.
Nous nous faisons donc le plus discret possible, nous sommes à la fois impatients et excités.

Odalys semble à présent rassurée dans cet endroit qui lui est familier, elle ne cherche plus à s’échapper.
C’est vers 23h que nait sans trop de difficultés le premier bébé. J’aide un peu la maman qui semble avoir du mal à déchirer la poche des eaux. C’est un mâle, il respire, il bouge, il vit. C’est merveilleux.
Tout va se dérouler normalement jusqu’au 4ème chiot. Finalement  Odalys se débrouille bien, l’instinct maternel est là. Je l’ai assité pour crever la poche des eaux car ce geste doit être fait très rapidement après la sortie du fœtus de l’utérus afin que celui ci de n’ inhale pas de liquide amniotique lors de la première inspiration d’air.
Les petits sortent à intervalle quasi régulier de 30 à 40mn. Il y a 3 femelles et 1 mâle Attirés par les phéromones maternelles, tout juste libèrés de leur enveloppe, ils rampent vers les mamelles et tètent goulûment. Odalys les lèche constamment avec vigueur pour les sécher et les frictionner, après avoir englouti les placentas.
Sur une feuille je trace un tableau dans lequel j’inscris le sexe, l’heure de naissance, et le poids de chaque chiots. La pesée sera quotidienne pendant six semaines, puis deux fois par semaine jusqu’à leur départ.

En palpant l’abdomen de notre jeune maman, je constate qu’il y a un cinquième bébé. Une heure s’écoule, quand enfin le dernier chiot finit par pointer le bout de sa truffe.
Odalys épuisée, l’expulse sur le vet Bed, elle se retourne pour le renifler et commence à percer la membrane qui fini par s’ouvrir. Le petit remue, il est bien vivant mais nous remarquons avec effroi qu’il présente une éventration, les intestins sont à l’air, ils ne sont plus ou n’ont peut être pas été dans l’abdomen.
Quelle  horreur je ne m’attendais à une telle complication.
Il est 2 heures du matin, le stress me gagne rapidement, j’ai du mal à me concentrer. Une chose est sûre le chiot n’est pas viable. Je décide de téléphoner au vétérinaire qui habite à 25 kms de chez nous pour avoir son avis. Il me confirme qu’il faut l’euthanasier, et naïvement je pensais qu’il allait effectuer cette tâche ingrate, mais non.  Il m’indique la conduite à tenir qui est d’utiliser une compresse imbibée d’éther et de l’appliquer sur le museau du fœtus.  je m’exécute donc la mort dans l’âme, mais le chiot qui vient à peine de naitre se débat, bien décidé a vivre; il résiste, je n’ai ni la force, ni le courage d’insister. Je rappelle le véto qui me dit qu’il va bien falloir réussir a le faire que c’est la seule solution. Il me demande de placer le petit dans une verrine fermée avec du coton hydrophile imprégné d’éther. Je ne me sens pas très bien mais je dois me ressaisir, je dois abréger les souffrances du petit.
Une fois la chose faite je me sens complètement vidée.
Après avoir installé au propre Odalys et sa progéniture, nous allons nous coucher. Nous sommes tous fatigués et un peu tristes.
J’ai beaucoup de mal a trouver le sommeil, repassant sans cesse dans ma tête le déroulement de cette mise bas. Quelle journée ! Que d’émotions !
Ce sont les aléas de la vie d’un élevage canin, et ce n’est que le début !
Les enfants seront excusés auprès du proviseur du lycée car ils n’assisteront pas aux cours le lendemain matin.

Voilà mes premiers bébés Cotons viennent de naître.  Je vais pouvoir les regarder grandir auprès de leur maman jusqu’à ce qu’ils deviennent autonomes, et qu’ils partent faire le bonheur de la famille qui les adoptera.

Odalys, une patte de fer dans un gant de velours

Odalys 7

Odalys.

Une patte de fer dans un gant de velours.

Une jolie poupée , petit modèle, un caractère bien trempé, elle devient la matriarche de la meute. Elle est curieuse, elle est au courant de tout, une vraie concierge, tout ce qui entre dans la maison doit avoir son approbation, un contrôle obligatoire par la truffe de madame, un vrai scanner à pattes. Elle aurait pu faire carrière dans la brigade cynophile de la police. Quand je la regarde, son joli petit minoi me fait toujours craquer.

Quand elle entre dans la famille elle a déjà sept mois. Elle est assez sauvage et les pattes à peine posées dans le jardin la voilà qui se sauve chez les voisins. La récupérer n’a pas été une chose facile. Nous sommes restés vigilants assez longtemps de peur qu’elle ne fugue. Cependant elle s’attache rapidement à Marvin et c’est réciproque. Je finis par l’apprivoiser à mon tour mais c’est mon fils qui devient son maître, tous les jours elle n’a qu’une hâte c’est qu’il rentre de l’école pour être avec lui. Elle le suis partout, dans la salle de bains, couchée sur le tapis devant la douche, dans sa chambre, sur ses pieds quand il fait ses devoirs, allongée à côté de lui quand il dort, dans la cuisine, en rond sous sa chaise pendant les repas, sans oublier les toilettes devant lesquelles elle monte la garde. Quand il est absent elle l’attend devant la porte du salon ou dans l’entrée. Quand il arrive Odalys lui fait la fête comme si elle ne l’avait pas vue depuis plusieurs jours. Elle fait des petits sauts de cabri et poussent des cris aigus mêlés à des jappements. Cela fait plaisir à voir et elle nous amuse beaucoup.
Elle aime se cacher sous le canapé où elle peut voir sans être vue. Si un étranger pénètre dans une pièce elle peut y rester des heures même après son départ.

Voilà donc mon projet d’élevage qui commence à se concrétiser. Je me documente, je prends conseil auprès de Marie José, elle m’a beaucoup aidé et soutenu, je m’inscris à la société francophone de cynotechnie pour participer à des séminaires, assister à des conférences et passer mon certificat de capacité qui devient obligatoire à partir de cette période. Je l’obtiens sans difficulté à l’école vétérinaire de Lyon.
Je suis de plus en plus passionnée par toutes les connaissances que j’aquière sur la race canine et je n’ai aucun doute sur mon choix.
Je continue bien sur à travailler comme infirmière à l’hôpital.
Pour ne pas avoir trop de consanguinité les reproducteurs doivent être de lignées différentes c’est pour cette raison que nous choisissons un autre élevage que celui de Marie José pour notre deuxième femelle.
Je présente Odalys en expos mais je m’aperçois vite qu’elle n’est pas à l’aise. Elle a peur des gens, des autres chiens. Elle se fait le plus petite possible, sur le ring elle n’avance pas ou au contraire tiré sur la laisse pour le quitter. Je l’a fait confirmer et je n’insiste pas. Je suis certaine qu’elle n’a pas eu beaucoup de contact avec des êtres humains les premiers mois de sa vie. La socialisation du chiot est vraiment importante, l’équilibre de sa vie d’adulte en dépend.
C’est quand même plus agréable d’avoir un chien bien dans sa tête et qui n’est pas peureux.
Avec ses congénères elle sait se faire respecter quelque soit la taille de celui ou celle qui est en face d’elle. Je me souviens qu’un jour Odalys a tenu tête à une jeune femelle Beauceron de dix mois, elle la fait se mettre en position de soumission en quelques secondes, c’était assez impressionnant de regarder ce petit bout chienne bien campée sur ses quatre pattes, avoir de l’autorité sur un chien plus grand qu’elle.
Tout dans le regard et la posture. Respect mamz’elle Odalys.

La famille s’agrandit, nous voilà avec quatre Cotons. Tout le monde est content, moi je suis ravie. En rentrant de l’hôpital j’ai toujours de quoi m’occuper avec l’entretien de toutes ces boules de poils mais cela me plait. Je m’équipe de materiel professionnel de toilettage, table, séchoir, tondeuse et autres ustensiles spécifiques et indispensables. Je fais installer une petite baignoire sabot pour laver mes peluches. Petit détail amusant je la fait poser dans le garage car dans la salle de bains nous n’avons qu’une douche, pas très commode pour nettoyer un chien. Imaginez la tête du plombier quand il a su où il allait devoir l’installer et celle des acheteurs quand nous avons vendu cette maison. Bizarre ces gens avec leurs chiens non, vous ne trouvez pas ?

Tout ceci est bien mignon mais nous commençons à être un peu à l’étroit avec tout ce petit monde. Nous habitons dans un lotissement, un pavillon mitoyen sur un côté. Les voisins ne se plaignent pas mais nous songeons quand même à déménager. Le premier critère de sélection dans notre recherche c’est un lieu isolé pour ne pas gêner notre entourage avec les nuisances sonores dues aux aboiements et un grand jardin pour que nos petits chouchous puissent se dégourdir les pattes. Nous voilà  donc en quête de l’endroit idéal .
Nous visitons pas mal d’habitations qui pourraient nous plaire mais aucune ne correspond  à nos attentes. Et puis par bel un après-midi ensoleillé de juin, je trouve l’endroit idéal. Une jolie maison à flan de colline, à l’écart du village, avec un immense terrain entouré de vergers, et une vue magnifique sur la campagne Lorraine. Mari et enfants sont sous le charme aussi (un peu moins mes 2 fils peut être car changer de collège, de lycée et de copains quand on est adolescent ce n’est pas facile même si pour les parents, surtout pour la maman c’est pour la bonne cause). Avec le recul je me rend compte que c’est moi qui ai entraîné toute la famille dans cette grande aventure. Malgré tout personne ne va le regretter, même si les soucis ne vont pas tarder à perturber notre nouvelle existence.

Notre cheptel canin va s’accroître rapidement en quelques mois pour mon plus grand bonheur. Il va passer de 4 à 7. Les années 1999 et 2000 vont s’écouler très vite avec l’acquisition de trois nouveaux Cotons, le déménagement et l’emménagement . Pas le temps de s’ennuyer. Quand j’y repense c’était de la folie de vivre avec autant de chiens dans un quartier en ville mais je savais que c’était pour une courte période.
Je veux démarrer l’élevage dès que nous nous installons dans notre nouvelle maison. Qui dit bébés dit logiquement un papa et une maman. Or j’ai bien les femelles mais pas de mâle, Louky n’étant pas un « vrai coton ». Il me faut donc trouver un étalon.

Vous allez devoir patienter jusqu’au prochain récit pour connaître la suite.

 

A suivre…..