Le stylo qui va changer ma vie

Le stylo qui va changer ma vie. 

Je suis entrée à l’hôpital avec la silhouette d’un homme, pardon d’une femme de Cro-Magnon, c’est à dire le dos courbé et le pas lourd.  

J’en suis sortie la démarche souple et légère avec l’allure d’une femme bien dans son corps. 

Le bilan de mon séjour en neurologie est plutôt satisfaisant. En effet depuis plusieurs mois je souffre de blocages de tout le corps, ils surviennent majoritairement en fin de dose ( je suis sous LDopa ) mais parfois inopinément. Ils sont très invalidants et me gâchent sérieusement la vie. 

Pour les éviter mon neurologue propose de me passer sous injections d’Apomorphine, c’est un agoniste dopaminergique qui remplace la dopamine en imitant celle ci au niveau des cibles cérébrales. 

C’est pourquoi je dois effectuer un petit séjour à l’hôpital pour apprendre à me « shooter » et pour observer comment je réagis à cette nouvelle molécule. 

Je me suis demandée si j’avais bien fait de venir car arrivée à 9h30 le matin je n’ai eu mon premier blocage qu’à 16h, juste au moment de la visite de mon mari et d’un de mes fils. Alors que chez moi j’en ai deux voire trois par jour; Il faut dire que mon rythme de vie est différent, ici je suis au repos, je n’ai aucune activité. Cette entrave me tombe dessus assez rapidement et je me retrouve contre ma volonté, vêtue de cette trop familière camisole parkinsonienne. 

L’interne du service est appelée pour venir constater l’ampleur de cette « crise »  et évaluer le degré de ma gêne. Elle me fait faire plusieurs tests neurologiques : le tapping test, les pronosuppinations, le test d’opposition des doigts. 

Comme je suis assise elle me fait croiser les bras poings fermés sur ma poitrine, me demande de me lever;  impossible, je n’arrive pas à décoller du fauteuil. Des tests de coordination s’ajoutent à la liste. Pas facile de faire des grands ronds avec le bras droit quand on vous remue la main gauche dans tous les sens.

Je me sens mal à l’aise, j’ai l’impression de me donner en spectacle, ce qui accentue le blocage. Quand cela se produit j’aimerais pouvoir me cacher dans un trou de souris.  

Puis je vois l’infirmière arriver avec une seringue à la main, pour m’administrer ma première injection. Elle relève mon pull au niveau du ventre, pince ma peau pour faire un pli et injecte la précieuse drogue. Il n’y a plus qu’à attendre. Je vous revois dans un quart d’heure me dit le médecin, en quittant la pièce. 

J’essaye de me concentrer, d’être à l’écoute de mon corps pour guetter la moindre amélioration. Après 15 mn la jeune interne revient, nous constatons qu’il n’y a aucune amélioration. C’est normal m’annonce t elle, c’est une dose de base. 

L’injection suivante est plus importante. Enfin dans la dizaine de minutes qui suit mes muscles commencent à se détendre, mes entraves cèdent peu à peu, j’ai la sensation que les cellules de mon corps sont des geôles dont les portes s’ouvrent une à une vers la liberté.  Et voilà mon sauveur appelé APOKINON®

est arrivé à point nommé me libérant provisoirement de l’emprise de ce maléfique Parkinson. Que c’est bon de retrouver la maîtrise de soi, les gestes sont aisés, les mouvements fluides, tout est si simple d’un coup, tout est normal, tout est banal en somme. 

Je refais les mêmes tests qu’avant cette « panne », cette fois je les réussis sans difficulté.

Je sais que la guerre est loin d’être finie, mais c’est une bataille de gagnée et j’en apprécie la victoire.   

Ces injections je vais devoir les faire moi même. Je suis infirmière et j’ai travaillé dans un service de diabétologie; la manipulation du stylo d’Apokinon est identique à celle du stylo d’insuline, donc une simple révision suffira pour moi. 

Mon neurologue a réajusté mon traitement par LDopa, je quitte le service confiante et mieux armée pour affronter ce bon vieux Parkinson .

L’utilisation du stylo est vraiment à la portée de tous, et pour ceux et celles qui ont peur des piqûres, et bien il faut essayer de surmonter ses angoisses  et se dire que c’est pour la bonne cause. L’aiguille est très fine et totalement indolore. 

Les sites d’injection sont l’abdomen et les cuisses. Vous pouvez faire appel à une tierce personne si vous êtes trop bloqué pour vous piquer vous même mais aussi pour changer de temps en temps le site d’injection et choisir le bras. 

Ces quelques jours vécus en milieu hospitalier m’ont replongé dans un passé professionnel que j’ai quitté il n’y a pas si longtemps. Cette fois j’étais  de l’autre côté de la barrière, j’étais une patiente, une patiente à l’œil avisé . 

Les soignants ont beaucoup de mérite de travailler dans des conditions de plus en plus difficiles mais parfois c’est au détriment de la qualité des soins. 

Je ne me permettrais pas de porter un jugement car ils font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont. 

Mon séjour s’est néanmoins bien déroulé. Le personnel soignant et médical était aimable, toujours souriant et disponible malgré la charge de travail. Je voulais rester discrète mais j’ai revu une collègue avec qui j’ai jadis travaillé, la nouvelle que j’étais » de la maison  » s’est vite répandue.!  De plus l’interne du service en voyant mon nom me demande si je n’ai pas un fils interne en médecine générale . Comment voulez vous passer inaperçue ? J’étais grillée. Le monde est parfois vraiment petit !