Ouinie

Ouinie.

 

La jolie, la douce, la gentille, la parfaite Ouinie.

 

Faire des concours de beauté n’est pas aussi facile que l’on pourrait le croire.

Cela demande un investissement personnel, il faut du temps à y consacrer et je travaille un week end sur deux. Financier également car il y a des frais (inscription, toilettage, essence, hôtel).

Je l’ai vite compris la concurrence est rude. Après plusieurs expos passées aux côtés d’éleveurs qui présentent de magnifiques spécimens Cotons de Tuléar je sens un peu ridicule, Louky et moi ne sommes pas à la hauteur.

Même entre les mains d’une professionnelle du toilettage elle ne peut pas le transformer en le plus beau chien de la planète.

Louky est confirmé à titre initiale mais il n’est pas un Coton pure race. De plus parader devant des inconnus ce n’est pas son truc. Lui c’est un rustique, il préfère les ballades en forêt à une journée passée enfermé dans un hangar.

Alors une seule et unique solution. Et voilà comment nous n’avons pas échappé à la règle du jamais deux sans trois. Cette idée s’est imposée comme une évidence. Cette fois nous allons l’acheter chez un éleveur sérieux.

Je le précise mais vous devez vous en douter toute la famille est consentante.

C’est ainsi que nous faisons la connaissance de Marie José, éleveuse de Cotons et de Cavaliers King Charles, devenue notre amie et chez qui je vais acheter la plupart de mes étalons. Ses conseils, son soutien vont m’être très précieux, ainsi que son sérieux, son professionnalisme et surtout son amour pour ses chiens. Elle est un modèle et une référence pour moi.

 

Cette fois nous sommes tous d’accord pour une femelle, et quelque part dans un coin de ma tête germe  déjà l’idée de faire de l’élevage. Une petite nana. Et quelle nana, un petit bijou, une petite merveille. Nous l’appelons Ouinie.

Nous l’avons choisi à l’âge de un mois, nous avons longuement hésité avec sa sœur Ozawa. Il faut reconnaître que toute la fratrie était craquante. Je me souviens que c’était un mois avant la rentrée scolaire, les enfants barraient chaque jour qui passait sur le calendrier.

Nous étions tous excités et avions hâte qu’elle arrive parmi nous.

 

Très à l’aise voilà notre princesse qui entre dans son nouveau royaume, reniflant chaque cm, suivie de près par nos deux comparses qui la regardent d’un œil méfiant se promener sur leur territoire.

Toute la famille est littéralement en extase devant elle, nous la suivons partout où elle va, tout ce qu’elle fait nous ravis. Nous sommes à l’affut de tout ce qui peut lui faire mal, la gêner, nous la choyions, la câlinons, nous lui pardonnons tout enfin presque. Telle une idole que l’on vénère, bref nous sommes en train de tomber amoureux.

Je vous rassure nous n’en aimons pas moins Iazou et Louky.

Deux chiens c’est bien mais trois c’est encore mieux.

 

Bon cette fois je dois faire les choses correctement. D’abord je m’inscris à un club canin, Ouinie et moi allons faire de l’éducation. Tous les samedis après midi pendant plusieurs mois, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige nous étions fidèles au poste. Toutes les deux nous avons eu du mérite car l’intégration au sein du groupe a été difficile, nous ne sommes pas prises au sérieux. En effet dans ces cours je suis  la seule femme avec un petit chien. Ce sont des hommes en majorité avec des Bergers Allemands, des Rottweilers, des Beaucerons, des Bouviers Bernois, il arrive parfois que l’on nous oublie pour les exercices.

Le ridicule ne tue pas, moi je suis plutôt fière de mon élève. Notre assiduité et notre persévérance sont récompensées car Ouinie est devenue une petite chienne parfaitement éduquée qui écoute au doigt et à l’œil.

Sa croissance terminée nous pouvons commencer l’apprentissage d’un sport canin très ludique, l’agility. C’est mon fils aîné Marvin qui s’attelle à la tâche. Ces séances sont pour moi des moments d’amusement, elles le sont moins pour mon fils qui doit faire preuve de beaucoup de patience. En effet  Ouinie est très obéissante mais elle est très lente. Les parcours sont réalisés en un temps déterminé et cela elle n’y parvient pas, sans faute oui mais pas assez rapide. Nous laissons rapidement tomber les concours mais continuons l’entraînement juste pour le plaisir.

A côté de cela je participe aux expos mais sans Louky. Je m’inscris aux manifestations qui ont lieu dans le quart nord est de la France, de temps en temps je vais à Paris et en région parisienne mais je travaille un week end sur deux ce n’est pas évident.

Mon enthousiasme va s’amenuiser et mes illusions vont peu à peu s’envoler. Comme j’ai pu être naïve. Le monde des concours de beauté canine est vraiment sans pitié.

Bien sur il n’y a pas de secret pour gagner il faut se faire remarquer, faire le plus d’expos possible, être connue et reconnue par les juges, avoir un chien qui tienne a route. Je ne dis pas que Ouinie n’est pas à la hauteur mais là on ne vous fait pas de cadeaux.

Le numéro un remporte une coupe ce n’est pas grand chose me direz vous. Mais être premier, c’est l’honneur, le prestige, c’est la reconnaissance, la renommée de l’élevage qui sont en jeu et qui sont récompensés. C’est surtout l’orgueil, la fierté des hommes qui font parfois oublier le bien être du chien et la réelle valeur de ce genre de manifestation.

Beaucoup de propriétaires exposent toutes les semaines, en France, à l’étranger pour faire de leurs chiens des champions, il existe des pratiques et des comportements peu recommandables pour obtenir le chien le plus parfait. Un exemple entre autres il y a des chiens qui sont toujours en cage pour éviter de se blesser en jouant, de perdre des poils, d’abîmer leur fourrure.

Débutante quand je rentrais sur le ring je souriais et saluais les autres concurrents. La plupart étaient indifférents peu me répondaient. Certains nous toisaient Ouinie et moi comme de petites choses insignifiantes. Je ne comprends toujours pas ce genre d’attitude.

Les week end d’expos sont épuisants. Marvin m’accompagne toujours. Le toilettage du chien se fait la veille, lavage, brossage, séchage et surtout veiller à ce qu’il ne se salisse pas jusqu’au lendemain. Sinon il faut tout recommencer.  Il faut préparer le matériel, le chariot, la cage, la table de toilettage, la mallette avec brosses, peignes, démêloirs, différents produits de beauté pour sublimer la fourrure.

Le dimanche matin après une nuit souvent courte et agitée, lever de bonne heure et de bonne humeur puis en route pour une longue journée. Pendant le trajet le stress m’envahi car sur place tout le monde arrive en même temps, il y a une longue file d’attente à l’accueil, il faut valider l’inscription, passer au contrôle vétérinaire, aller vérifier notre heure de passage, trouver une bonne place autour du ring, et découvrir quels chiens sont inscrits pour connaître nos chances.

Une fois installés, je finalise le brossage. Commence alors l’attente qui peut être longue. Et que fait on pour masquer son angoisse cela la plupart des éleveuses le font, toutes les trois minutes, un petit coup de brosse ou de peigne à la principale intéressée qui se laisse faire sans bouger le museau.

Arrive le moment tant attendu ou tant redouté. Tous les candidats défilent ensemble sur le ring puis chacun son tour devant le jury.

La durée du passage auprès du juge pour l’examen morphologique de l’animal varie entre 5 et 10 minutes. Enfin il fait sa sélection et annonce le classement.

Soit vous êtes sur le podium soit vous n’y êtes pas, il n’y a que trois places, cela dépend aussi du nombre de participants. On vous donne un carton avec une appréciation excellent, très bon, prometteur, très prometteur tout dépend de la catégorie dans laquelle votre Coton est engagé: débutant, jeune adulte, adulte et du type d’expo si c’est une régionale, une nationale ou un championnat de France.

Vous pouvez ne pas être classé, c’est assez fréquent. Je vous laisse imaginer dans quel état d’esprit on se trouve. Je dois avouer qu’avec Ouinie j’ai eu beaucoup de bons résultats, il y a eu quelques déceptions bien sur mais au final le bilan est plutôt positif.

C’est un réel plaisir de défiler avec elle, elle se prête bien au jeu. Nous avons passé de bons moments.

Un des bons moments d’une journée d’expos c’est après le jugement. La pression se relâche, je mange un casse croûte, je fais quelques emplettes, je me renseigne sur les dernières nouveautés et je vais admirer d’autres races, c’est pour moi un vrai spectacle que j’apprécie particulièrement. Cela me permet d’enrichir mes connaissances de la gente canine si riche en individus.

Je discute aussi avec des familles qui posent des questions sur Ouinie et me félicitent, j’ai la sensation pour quelques instants d’être un peu une VIP.

 

J’ai appris avec le temps à relativiser sur le sens des concours. De ne plus me prendre la tête et d’y participer pour le simple plaisir d’un joli spectacle. Et finalement avoir des étagères remplies de trophées qui prennent la poussière est ce si important que cela ?

ouinie9

Publié par

Miss Dopa

Je m'appelle Marie Christine, je vais bientôt avoir 57 ans. En 2005 ma vie bascule car j'apprends que j'ai la maladie de Parkinson. C'est une maladie neurodégénérative complexe, avec de nombreux symptômes. Elle aussi sournoise car elle habite progressivement votre corps sans que vous le sachiez . Et puis un jour le diagnostic tombe, mais il est déjà trop tard car elle est déjà bien installée. Une fois le choc de l'annonce passé, j'ai fait le choix de ne pas m'apitoyer sur mon sort et de lutter en m' adaptant à cette nouvelle vie qui s'impose à moi. Après un parcours thérapeutique classique par comprimés de LDopa, puis d'agonistes dopaminergiques, le stylo d'Apokinon et enfin la pompe a apomorphine, la neuro stimulation profonde devient une évidence pour moi.

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