Les neurones dopaminergiques fœtaux transplantés chez les patients atteints de maladie de Parkinson restent en bonne santé et fonctionnels pendant au moins 14 ans

Des résultats encourageants, de sérieux espoirs.
Vu dans le Quotidien du médecin du 11juin 2014.

neurone2

Les neurones dopaminergiques fœtaux transplantés chez les patients atteints de maladie de Parkinson restent en bonne santé et fonctionnels pendant au moins 14 ans, selon une étude publiée dans Cell Reports. Un encouragement pour le développement des thérapies cellulaires basées sur les CSPi dans la maladie de Parkinson.
On peut aujourd’hui affirmer que la transplantation de neurones dopaminergiques fœtaux peut améliorer les symptômes chez les patients atteints de la maladie de Parkinson et peut réduire, voire éliminer, le besoin de L-dopa. L’amélioration clinique ne commence à s’observer qu’un 1 après la greffe généralement, mais les greffons peuvent survivre et fonctionner pendant de nombreuses années. Deux patients, décrits récemment, continuent même de s’améliorer plus de 18 ans après la greffe. Toutefois cette approche thérapeutique n’a été proposée qu’à un nombre limité de patients (une centaine) dans le cadre d’essais cliniques.
La dernière controverse était de savoir si les neurones implantés devenaient malades avec le temps, par un phénomène de propagation de l’alpha-synucléine de l’hôte au greffon à la façon du prion. « Cette étude montre que ce n’est pas le cas ; les neurones survivent et leur croissance se poursuit sur une longue durée », explique au Quotidien le Dr Ole Isacson de l’Université d’Harvard et de l’Hôpital McLean (Boston).
Examens post-mortem
Dans leur étude, Isacson et coll. ont examiné le tissu cérébral post-mortem de 5 patients qui avaient reçu entre 4 à 14 ans auparavant une greffe intracérébrale d’une suspension de neurones dopaminergiques foetaux. « Nos résultats montrent une expression forte des transporteurs de dopamine et l’absence d’anomalies morphologiques des mitochondries dans les neurones dopaminergiques implantés, ceci jusqu’à 14 ans après la transplantation. Nos données suggèrent donc que les neurones dopaminergiques transplantés peuvent demeurer en bonne santé et rester fonctionnels pendant des décennies », souligne le Dr Isacson. Ces données réfutent donc l’idée que ces greffons dégénèrent au fil du temps. Les chercheurs espèrent maintenant progresser vers d’autres sources de neurones dopaminergiques, notamment les cellules souches progénitrices induites (CSPi).
« Ce travail signifie que les approches de thérapie cellulaire basées sur les cellules souches, telles que celles utilisant les propres cellules souches du patient (CSPi) pour créer de nouveaux neurones, ont une chance raisonnable de succès en offrant un bénéfice long-terme pour les patients », estime le Dr Isacson. « La prochaine étape, sera de développer le même type de neurones dopaminergiques à partir des CSPi des patients afin de les transplanter dans de futurs essais cliniques ».
Dr Véronique Nguyen
Cell 6 juin 2014, Hallett et coll.

Maladie de Parkinson : la lévodopa élue meilleur traitement

La Levo Dopa en tête de liste des meilleurs médicaments dans la MP.

Publié dans le Quotidien du pharmacien le 11 juin 2014.

Maladie de Parkinson : la lévodopa élue meilleur traitement
11.06.2014
2356d44a6fa7c0e9lancet021cec2776551a7c
CRÉERUNE ALERTE
Une étude publiée dans le « Lancet » montre que la lévodopa est le meilleur traitement initial de la maladie de Parkinson. L’étude a inclus 1 620 patients atteints de maladie de Parkinson précoce répartis en trois groupes. Ils ont reçu soit un agoniste dopaminergique, soit un IMAO, soit de la lévodopa. Au bout de 7 ans de suivi, on observe dans le groupe lévodopa un petit bénéfice sur la mobilité, la cognition, la communication et la qualité de vie par rapport aux deux autres groupes, et cela malgré une augmentation des problèmes moteurs. « Une différence minime, certes mais qui place la lévodopa comme meilleur traitement initial pour la majorité des patients », se félicite le Pr Richard Gray (université d’Oxford, Royaume Uni), co-auteur de l’article.
La lévodopa est le traitement le plus couramment utilisé en traitement de la maladie de Parkinson. Toutefois, elle peut entraîner, après une utilisation prolongée, des dyskinésies (tremblements) et des mouvements anormaux. D’où une réticence à y recourir chez les patients les plus jeunes. « Dans la pratique clinique, la plupart des patients de moins de 60 ans sont traités initialement avec un agoniste dopaminergique ou un IMAO pour éviter les complications motrices de la lévodopa », explique Richard Gray. En effet, le risque moteur est moindre avec les agonistes dopaminergiques et les IMAO, mais d’autres effets secondaires peuvent apparaître, comme des nausées, hallucinations, œdèmes, perturbation du sommeil avec ces médicaments plus récents. Toutefois, l’étude du « Lancet » pourrait venir révolutionner les pratiques : « nous avons effectivement mis en évidence que la lévodopa était meilleure que le plus coûteux des agonistes dopaminergique, quel que soit l’âge du patient », commente Richard Gray.
Source : Lequotidiendupharmacien.fr
– See more at: http://www.lequotidiendupharmacien.fr/actualite/article/2014/06/11/maladie-de-parkinson-la-levodopa-elue-meilleur-traitement_179196#sthash.poxlM7jd.dpuf

Liens entre performances cognitives et paramètres locomoteurs lors de situations de marche en simple et double tâche dans la maladie de Parkinson

Une étude intéressante, un peu technique qui démontre une situation que j’ai constaté très tôt depuis que j’ai la MP.
Il existe une relation de cause à effet entre les fonctions cognitives et les paramètres locomoteurs pendant la marche.
Il est très difficile pour moi de faire deux choses en même temps, par exemple marcher et parler. En effet je n’arrive pas à me concentrer à la fois sur ma façon d’avancer et sur la conversation que j’ai avec une personne.
Alors que chez le non parkinsonien c’est d’une évidence que l’on n’y pense même pas.
Pour nous il faut penser, réfléchir à tout ce que l’on va faire avant d’agir. Il n’y a plus de spontanéité, plus rien n’est automatique.

Silh
Liens entre performances cognitives et paramètres locomoteurs lors de situations de marche en simple et double tâche dans la maladie de Parkinson
Par Thierry Lelard (Université de Picardie Jules-Verne)Article commenté :Associations Between Cognitive and Gait Performance During Single- and Dual-Task Walking in People With Parkinson DiseaseStegemöller EL, Wilson JP, Hazamy A et al.Phys Ther. 2014 Apr 10. [Epub ahead of print]► 

Dans la maladie de Parkinson, la dégradation des fonctions motrices peut s’accompagner du déclin des fonctions cognitives. La marche et les fonctions cognitives répondent partiellement aux traitements, il semble que ces troubles proviennent en partie de structures non-dopaminergiques. Ainsi, les auteurs ont choisi d’étudier les relations entre les performances cognitives et la performance de la marche dans la maladie de Parkinson.Dans la littérature, la dégradation de la locomotion avec l’augmentation de la demande attentionnelle sur une autre tâche est bien documentée. Dans cette étude, les auteurs ont cherché à mettre en relation les paramètres spatio-temporels de la marche et les performances cognitives établies dans 3 domaines (fonctions exécutives et attention, mémoire de travail et la vitesse de traitement). Trente-cinq patients (66,2 ans) ont été testés en phase médicamenteuse (MMSE> 24, sans troubles psychiatriques, pas de fluctuations motrices). Une large batterie de tests cognitifs passés chez les patients a permis de déterminer leurs performances cognitives. Les paramètres cinématiques ont été collectés à partir d’un système d’analyse vidéo 3D. L’évaluation de la marche a été réalisée sur 12 m, 10 essais de marche à vitesse spontanée et 5 essais en comptant à rebours (soustraction de 3 en 3). Comme attendu, la marche est affectée par la double tâche : la diminution de vitesse avec la double tâche peut refléter la prise en compte d’une difficulté liée au partage de l’attention mais est aussi accompagnée d’une dégradation de la longueur du pas et d’une variabilité de la largeur du pas.Les corrélations mises en évidence permettent de démontrer la longueur du pas et la vitesse de marche sont associées aux mesures reflétant la vitesse de traitement. Par contre, la variabilité de la longueur du pas est associée aux mesures des fonctions exécutives et attentionnelles.Pour les auteurs, le lien entre cognition et marche met en évidence un système de contrôle partagé entre les deux activités. En s’appuyant sur des études en neuroimagerie, ils estiment que l’association des troubles de la marche et des performances cognitives met en évidence des structures communes au niveau des régions frontales et pariétales (la vitesse de marche et longueur du pas) mais aussi dans le cortex préfrontal (largeur du pas). Ces résultats suggèrent que le contrôle de la marche est associé à différents domaines cognitifs qui seront différemment affectés par la réalisation d’une double tâche pendant la marche. La meilleure connaissance des liens entre fonctions cognitives et locomotrices pourra permettre d’adapter les stratégies de rééducation de la marche selon la nature des troubles présentés par le patient.
Date de publication : 26-05-2014

L’Amantadine , un bénéfice sérieux sur les dyskinésies induites par la LDOPA .

L’Amantadine , un bénéfice sérieux sur les dyskinésies induites par la LDOPA .
Amantadine_stereo
Publié dans les cahiers du Parkinson .

Amantadine : preuve d’une durée d’efficacité sur les dyskinésies induites par la L-Dopa
Par Olivier Colin (CHU Poitiers)Article commenté :Withdrawing amantadine in dyskinetic patients with Parkinson disease: the AMANDYSK trial. Ory-Magne F, Corvol JC, Azulay JP et al.Neurology. 2014 ; 82(4):300-7► 

L’amantadine est le seul traitement validé des dyskinésies de pic de dose induites par la lévodopa (LID) dans la maladie de Parkinson (MP). Cependant, la durée de son efficacité est débattue, et limitée pour certains auteurs. De même, ce traitement n’avait pas montré sa supériorité contre le placebo dans un essai de sevrage en amantadine.L’objectif de cette étude était d’évaluer le bénéfice à long terme d’un traitement par amantadine sur les LID. Il s’agissait d’une étude multicentrique (centres français) de wash-out d’amantadine d’une durée de 3 mois randomisée en double aveugle contre placebo en deux bras parallèles.Cinquante-six patients parkinsoniens traités depuis au moins 6 mois par amantadine à 200 mg par jour ont été inclus. Un bras (n=27 patients) continuait l’amantadine, l’autre bras  (n=29) stoppait progressivement l’amantadine (en quatre jours) et « switchait » donc vers le placebo.           Le critère principal de jugement était la gravité des dyskinésies évaluée par les items 32 et 33 de la partie IV de l’UPDRS. Ce sous-score de dyskinésies augmentait davantage dans le groupe placebo et cela de manière statistiquement significative (+1.7 versus +0.2 dans le bras amantadine, p=0.003). Cela restait valable après ajustement sur la dose de traitement dopaminergique, l’âge et la sévérité des dyskinésies.Par ailleurs, 29 patients sont sortis d’étude prématurément, avant la fin des trois mois : 21 en raison d’une aggravation des dyskinésies, dont 18 du groupe ayant switché vers le placebo. C’est donc essentiellement la réapparition des dyskinésies qui explique le nombre de sorties prématurées dans le groupe placebo. 52% sont sortis d’étude au cours de la première semaine et 28% durant la deuxième semaine de l’étude.D’autre part, il n’y avait pas de différence sur les symptômes moteurs parkinsoniens autres (UPDRS) et il a été mesuré une aggravation sur les scores de fatigue et d’apathie pour les patients randomisés dans le bras placebo. Ainsi, les résultats montrent que l’arrêt de l’amantadine s’accompagne dans les jours suivants (médiane : 7 jours) d’une aggravation des dyskinésies (possible effet rebond) et confortent l’hypothèse du bénéfice symptomatique (au moins sur les LID) d’un traitement chronique par amantadine, et ce même après plusieurs mois de traitement.  
Date de publication : 26-05-2014

Le stress a-t-il une influence sur la survenue de la maladie de Parkinson ?

Le stress a-t-il une influence sur la survenue de la maladie de Parkinson ?

stress

Une question qui fait débat.
Par Harold Mouras (Laboratoire de Neurosciences Fonctionnelles et Pathologies, CNRS – UMR 8160)Article commenté :Can stress trigger Parkinson’s disease? A Djamshidian, AJ LeesJ Neurol Neurosurg Psychiatry. 2013 Nov 20. doi: 10.1136/jnnp-2013-305911.► 

Dans cet article, les auteurs élaborent sur une question en débat depuis de nombreuses années : « Le stress peut-il avoir une influence sur la survenue de la maladie de la maladie de Parkinson ? ». Dans cet article, l’hypothèse des auteurs est qu’un stress chronique pourrait induire une dégénération de la voie nigrostriée chez certains individus vulnérables.Pour eux, le stress se définit comme « un état de tension mental ou émotionnel résultant de conditions difficiles ». Un stress chronique peut induire une activation prolongée d’un certain axe neural de commande (l’axe HPA) et conduire à un déficit des processus de contrôle du stress. Une étude a montré que les patients stressés avaient un risque accru de 2,7% de développer une maladie. De nombreuses données montrent aussi un effet du stress sur l’activité neuronale : atteintes motrices, réduction de l’activité dopaminergique dans différentes aires cérébrales.Les auteurs rappellent une série de mécanismes possibles de l’effet du stress sur la dégénérescence neuronale : (i) réduction des défenses immunitaires ; (ii) déclenchement des réponses de type inflammatoire ; (iii) toxicité potentielle de la dopamine libérée dans le cytoplasme des cellules. Dès lors, le stress émotionnel peut-il induire des symptômes tels que ceux observés dans la maladie de Parkinson ? Certains rapports médicaux de le première Guerre mondiale relatent certains soldats présentant des symptômes proches de la maladie de Parkinson. Les auteurs décrivent certains cas de patients atteints dont la réduction du stress chronique améliora certains symptômes de la maladie.A l’appui de leur hypothèse, ils citent également le cas de la kinésie paradoxale intervenant dans des situations catastrophiques (tremblement de terre, etc…) où les patients parkinsoniens peuvent surpasser, parfois de façon très spectaculaire, leurs atteintes motrices. Cet effet pourrait s’exercer notamment via l’activation des voies noradrénergiques.Les auteurs rappellent des informations importantes sur la phase prémotrice de la maladie : (i) les plaintes non-liées à des symptômes moteurs constituent environ 20% des motifs initiaux de consultations des patients ; (ii) avant le diagnostic, certains patients se sont plaints 10 ans avant le diagnostic par rapport à un groupe contrôle accompagnant la survenue d’un certains nombre de symptômes, notamment de l’humeur pendant cette période.Enfin, les auteurs de cette publication soulignent le recouvrement important existant entre les symptômes des syndromes somatiques fonctionnels (fatigue chronique, fibromyalgie…) et les symptômes non-moteurs accompagnant la maladie de Parkinson. En conclusion, à la lumière de ces éléments, les auteurs proposent que le stress émotionnel chronique induit la perte de neurones dopaminergiques chez certains individus vulnérables et que des syndromes somatiques fonctionnels sont couramment rapportés chez les patients atteints de maladie de Parkinson. Ainsi, la recherche chez des patients parkinsoniens d’une part et d’autres atteints de syndromes fonctionnels somatiques d’autre part, de polymorphisme de gènes connus pour être liés à la régulation du stress, pourrait être une piste de recherche intéressante au cours des prochaines années.

Publié dans neuro Scoop, les cahiers du Parkinson le 29 05 2014.

Les suppléments vitaminés sont ils vraiment utiles ?

Les suppléments vitaminés sont ils vraiment utiles ?
supvita

Que les vitamines soient efficaces dans la prévention des maladies cardiovasculaires (MCV) et des cancers est une idée très répandue aux USA. Elle a pour conséquence une consommation considérable de suppléments alimentaires. Prés de 49 % des adultes, préférentiellement des femmes et des sujets âgés, en ont utilisé entre 2007 et 2010 et environ 32 % ont eu recours à une supplémentation mixte polyvitamines et minéraux. En 2010, le coût financier a dépassé 28 milliards de dollars.
L’US Preventive Services Task Force (USPTF) est un groupe d’experts en matière de santé. Elle publie périodiquement des recommandations primaires qui s’adressent aux adultes, souvent de 50 ans ou plus, en bonne santé, sans besoin nutritionnel précis. Ne sont concernés ni les enfants, ni les femmes enceintes ou avec désir de grossesse, ni les patients avec maladies chroniques ou hospitalisés, ni enfin les sujets avec une carence nutritionnelle bien caractérisée. Récemment, l’USPSTF a effectué une mise à jour de ses précédentes recommandations de 2003. Elle s’était alors prononcée contre la supplémentation en béta carotène dans la population générale et avait été dans  l’impossibilité d’émettre un avis sur la prise de vitamines A, C E ou de multi vitamines associées à de  l’acide folique en prévention primaire des MCV et des cancers, pathologies qui, en 2011, avaient été à l’origine de respectivement 23,7 % et 22,8 % de  l’ensemble des décès. Durant  l’année 2013,  l’USPSTF a souhaité réexaminer les recommandations concernant uniquement les suppléments alimentaires et non les vitamines ou minéraux naturellement contenus dans  l’alimentation.
Absence de bénéfice avec les combinaisons de vitamines et minéraux
L’USPSTF a, dans ce but, repris 4 essais contrôlés randomisés (ECR) et une étude de cohorte qui avaient tenté de quantifier  l’apport d’une supplémentation vitaminique ou d’une combinaison d’anti oxydants en matière de santé, 2 ECR s’attachant plus particulièrement à  l’incidence des MCV. Les études différaient notablement quant à la composition en vitamines et/ ou minéraux et aux posologies utilisées. Globalement, aucun impact sur la survenue des MCV n’a pu être mis en évidence. Concernant les pathologies néoplasiques, la Physicians’Health Study II, qui avait inclus 14 641 médecins US de sexe masculin, d’âge moyen 64,3 ans, a montré un léger bénéfice avec la prise d’un composé contenant plus de 30 éléments, après un suivi de 11,2 ans en moyenne, le risque relatif non ajusté s’établissant à 0,94 (intervalle de confiance à 95 % [IC] : 0,87- 1,00).  L’étude française SU.VI.MAX, menée chez 13 017 hommes et femmes d’âge moyen 49 ans, avec des doses nutritionnelles de vitamines C, E, de béta-carotène, de sélénium et de zinc durant une période de suivi de 7,5 ans après la fin de  l’intervention, n’a démontré aucun bénéfice chez la femme mais une diminution notable des cancers masculins (Risque relatif [RR] ajusté chez  l’homme à 0,69; IC : 0,53- 0,91).
L’USPSTF a également analysé les résultats de 24 études de prise de vitamines ou de minéraux de façon isolée ou par paires. Là encore, globalement, aucun bénéfice notable n’a été décelé, tant sur la mortalité spécifique cardiovasculaire ou néoplasique que sur la mortalité d’ensemble, toutes causes confondues. L’USPSTF n’a pu, toutefois, conclure avec certitude, faute de preuves, qu’il n’existait aucun effet.
Pas mieux avec les vitamines A, C et E prises isolément
De façon précise, 3 ECR et 2 études de cohorte ont analysé  l’impact d’une prise régulière de vitamine A. Aucun gain à long terme n’a été constaté vis-à-vis des MCV. Un essai, de bonne qualité, a rapporté une augmentation inquiétante du risque de cancer du poumon chez les fumeurs et les sujets exposés à  l’asbestose mais en fait reliée au béta carotène associé à la vitamine A. Par ailleurs, une vaste étude prospective de cohorte chez la femme post ménopausée a retrouvé, un risque accru de fracture de hanche.
Deux ECR, avec de la vitamine C, isolément ou en association, ont été dans  l’incapacité de déceler une association significative entre prise vitaminique et mortalité globale ou spécifique.
Trois autres essais se sont attachés à préciser l’impact de  l’administration au long cours de vitamine D, avec ou sans calcium. Deux des ECR n’ont pas retrouvé de modification sur  l’incidence ou la mortalité des MCV et le 3e aucun bénéfice en matière de cancer. La Women’s Health Initiative, large essai avec de faibles doses de vitamine D et une supplémentation calcique, a confirmé ces résultats mais  l’analyse a posteriori d’un sous groupe de femmes qui, au départ, n’étaient pas supplémentées, tend cependant à montrer une plus basse incidence des cancers, notamment mammaires.
Six ECR ont étudié  l’effet de la vitamine E. Deux n’ont abouti à aucun résultat en ce qui concerne l’incidence de la pathologie CV, un troisième, chez la femme, rapportant une diminution d’ensemble de la mortalité CV mais sans effet sur la mortalité spécifique en cas d’infarctus myocardique ou d’ictus cérébral…Quatre ont évalué  l’incidence des cancers avec, là encore des résultats d’ensemble décevants.  Quant à l’impact spécifique sur le cancer prostatique, les résultats sont contradictoires.  L’étude ATBC (Alpha-Tocopherol Beta carotene Cancer Prevention) fait état d’une moindre incidence, durant la phase active, des cancers de la prostate.
A  l’inverse,  l’essai SELECT (Selenium and Vitamine E Cancer Prevention) rapporte, après un suivi prolongé, une augmentation du risque de ce même cancer.
Quelques effets iatrogènes, tout de même
Six essais ont donné des résultats globalement négatifs avec la supplémentation par béta carotène. Deux études,  l’essai ATBC déjà cité et  l’essai CARET (Carotene and Retinol Efficacy trial) ont toutefois alerté sur un risque accru de cancer du poumon et d’augmentation de la mortalité globale chez les participants dont le risque de base était déjà élevé. Ces résultats ont été confirmés par une méta analyse retrouvant, avec le béta carotène, une hausse d’incidence des cancers bronchopulmonaires en cas de tabagisme actif (Odd ratio à 1,24; IC : 1,10- 1,39).Deux essais ont concerné le sélénium administré seul ou en association : il n’a pas d’effet significatif sur  l’incidence des MCV ou sur la mortalité, toutes causes confondues mais les résultats divergent en matière de cancer. Quant à la prise d’acide folique, elle n’amène, dans un essai, aucune modification, à la réserve près d’une possible augmentation du risque de cancer de la prostate dans le groupe actif.
Hormis les dangers liés au béta carotène, notamment chez les gros fumeurs, quelques autres effets iatrogènes, en règle plus légers, ont été rapportés dans la littérature médicale : jaunissement cutané avec le béta carotène ou les polyvitamines responsables également de rashs ou de saignements mineurs, troubles gastro-intestinaux sous calcium et sélénium… De façon rare, ont été mentionnés des effets plus sérieux : fracture de hanche sous vitamine A, cancer de la prostate après acide folique, lithiase rénale suivant un apport vitamino D- calcique…
Au total, l’USPSTF ne trouve aucune preuve pour étayer de façon significative la prise au long court de suppléments vitaminiques ou de poly vitamines en prévention primaire des MCV et des cancers et se trouve dans  l’incapacité d’en calculer avec précision le rapport bénéfices/risques. Par contre, deux essais permettent de conclure, avec un niveau de preuve modéré, au risque d’une supplémentation par béta carotène chez les fumeurs, avec une augmentation significative de  l’incidence des cancers du poumon. De même, avec un bon niveau de preuve,  l’USPSTF peut considérer que la supplémentation en vitamine E n’a aucun effet sur  l’incidence des MCV, des cancers ou le taux de mortalité. Ces nouvelles recommandations, émises en 2013, sont une mise à jour de celles publiées en 2003. Elles rejoignent globalement celles des autres instances nationales telles que celles de  l’Academy of Nutrition and Dietetics publiées en 2009, de  l’American Cancer Society en 2012 ou encore de  l’American Heart Association en 2013.
Dr Pierre Margent
RÉFÉRENCES
Moyer VA et coll. : Vitamin, Mineral and Multivitamin Supplements for the Primary Prevention of Cardiovascular Disease and Cancer: US Preventive Services Task Force Recommendation Statement. Ann Intern Med., 2014; 160: 558-564. doi:10.7326/M14-0198
Copyright © http://www.jim.fr

Publié dans le JIM le 21 05 2014

Pratique de l’apomorphine en France

Une étude très encourageante qui va sans doute augmenter les indications de prescription de l’Apomorphine.

apokinon-5mg-ml-1-1
Pratique de l’apomorphine en France
L’apomorphine est utilisée de manière très variée en France depuis plus de 20 ans dans le traitement de la maladie de Parkinson. Ce puissant agoniste dopaminergique est efficace par voie parentérale et permet de diminuer de manière significative les fluctuations de l’état moteur. Certains centres sont très familiarisés et proposent cette approche thérapeutique à un stade plus précoce ou en monothérapie alors que d’autres réservent celui-ci aux cas très sévères et diminuent peu les autres traitements oraux. Afin de préciser ces variations et d’optimiser ce traitement, une importante étude multicentrique observationnelle a été entreprise en France. Les praticiens inclus dans cette étude n’avaient pas de consignes thérapeutiques et les patients avaient une évaluation de leur qualité de vie, de leur état moteur et psycho-comportemental et des effets indésirables à 3 et à 6 mois.
Environ, 25 % des patients ont interrompu le traitement par apomorphine. Le niveau de qualité de vie évalué avec l’échelle PDQ39 s’est amélioré significativement de 11,3 %. La dose moyenne diurne était de 3,57 mg/h. Seulement 18,25 % des patients étaient traités 24 heures sur 24 et 81,75 % sur 12 heures. Il n’y avait pas d’aggravation des troubles psycho-comportementaux comme on aurait pu le craindre. Il a été observé une amélioration de l’anxiété et de l’hyperémotivité.
Ce travail confirme l’intérêt clinique de l’apomorphine chez le patient parkinsonien avec fluctuations motrices et permet de fournir à la communauté neurologique des données de référence qui vont permettre d’optimiser les indications et les procédures d’administration.
Dr Christian Geny
RÉFÉRENCES
Drapier S et Devos D : Stimulation continue dopaminergique : la pompe à apomorphine, de nouvelles perspectives. Journées de Neurologie de Langue Française (Strasbourg) : 1-4 avril 2014.

Publié le 13/05/2014 dans le JIM.