Une revue des symptômes non-moteurs et de la cognition sociale dans la maladie de Parkinson

Par le Dr Harold Mouras (EA 7273 – Centre de Recherche en Psychologie, Université de Picardie Jules-Verne – Amiens

Comme souvent évoqué ici, la maladie de Parkinson se caractérise non seulement par ses symptômes moteurs mais aussi par une série de symptômes non-moteurs, incluant notamment des déficits cognitifs mais aussi des troubles dans la capacité à reconnaitre les émotions associées à une perte des neurones dopaminergiques au niveau de la substance noire et altérant donc les circuits front-striataux.

Afin de faire un point de la littérature portant sur l’atteinte des capacités de cognition sociale chez les patients atteints de maladie de Parkinson, les auteurs de cette recherche ont passé en revue la littérature et sont parvenus selon leurs critères d’inclusion à rassembler les résultats portant sur 496 patients comparés à 514 participants témoins étudiés au travers de 16 tests différents explorant différentes facettes de la cognition sociale, telles que la théorie de l’esprit, la prise de décision, la reconnaissance des expressions faciales émotionnelles.
Les résultats de cette revue furent relativement clairs. Au travers de la littérature, il apparaît clairement que les patients, dès les stades précoces de la maladie de Parkinson, présentent des troubles variés de la cognition sociale comme la capacité à prendre une perspective sociale, la prise de décision et la reconnaissance de certaines expressions faciales.
De façon intéressante, ces altérations apparaissent en l’absence de l’atteinte des fonctions exécutives et ce, aux stades les plus précoces de la maladie.

Ces résultats corroborent ainsi l’idée d’une indépendance fonctionnelle entre les processus sociaux et les fonctions exécutives. Cependant, les auteurs soulignent ici quelques limitations à prendre en compte en soulignant que la plupart des études portant sur ce domaine n’incluent qu’un nombre limité de patients, ont utilisé des tests dont la nature est très variée et les résultats ne sont souvent pas comparables.
Ils soulignent ainsi qu’il faudrait conduire des études plus poussées sur les stades précoces de la maladie pour trouver des marqueurs neuropsychologiques pouvant être utiles pour l’établissement du diagnostic de la maladie.
Date de publication : 24 Février 2017 Neuroscoop

L’Amantadine , un bénéfice sérieux sur les dyskinésies induites par la LDOPA

L’Amantadine , un bénéfice sérieux sur les dyskinésies induites par la LDOPA .

Publié dans les cahiers du Parkinson .
Amantadine : preuve d’une durée d’efficacité sur les dyskinésies induites par la L-Dopa

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Par Olivier Colin (CHU Poitiers)
Article commenté :
Withdrawing amantadine in dyskinetic patients with Parkinson disease: the AMANDYSK trial. 
Ory-Magne F, Corvol JC, Azulay JP et al.
Neurology. 2014 ; 82(4):300-7
► Retrouvez l’abstract en ligne

L’amantadine est le seul traitement validé des dyskinésies de pic de dose induites par la lévodopa (LID) dans la maladie de Parkinson (MP). Cependant, la durée de son efficacité est débattue, et limitée pour certains auteurs. De même, ce traitement n’avait pas montré sa supériorité contre le placebo dans un essai de sevrage en amantadine.

L’objectif de cette étude était d’évaluer le bénéfice à long terme d’un traitement par amantadine sur les LID. Il s’agissait d’une étude multicentrique (centres français) de wash-out d’amantadine d’une durée de 3 mois randomisée en double aveugle contre placebo en deux bras parallèles.
Cinquante-six patients parkinsoniens traités depuis au moins 6 mois par amantadine à 200 mg par jour ont été inclus. Un bras (n=27 patients) continuait l’amantadine, l’autre bras  (n=29) stoppait progressivement l’amantadine (en quatre jours) et « switchait » donc vers le placebo.

Le critère principal de jugement était la gravité des dyskinésies évaluée par les items 32 et 33 de la partie IV de l’UPDRS. Ce sous-score de dyskinésies augmentait davantage dans le groupe placebo et cela de manière statistiquement significative (+1.7 versus +0.2 dans le bras amantadine, p=0.003). Cela restait valable après ajustement sur la dose de traitement dopaminergique, l’âge et la sévérité des dyskinésies.
Par ailleurs, 29 patients sont sortis d’étude prématurément, avant la fin des trois mois : 21 en raison d’une aggravation des dyskinésies, dont 18 du groupe ayant switché vers le placebo. C’est donc essentiellement la réapparition des dyskinésies qui explique le nombre de sorties prématurées dans le groupe placebo. 52% sont sortis d’étude au cours de la première semaine et 28% durant la deuxième semaine de l’étude.
D’autre part, il n’y avait pas de différence sur les symptômes moteurs parkinsoniens autres (UPDRS) et il a été mesuré une aggravation sur les scores de fatigue et d’apathie pour les patients randomisés dans le bras placebo.

Ainsi, les résultats montrent que l’arrêt de l’amantadine s’accompagne dans les jours suivants (médiane : 7 jours) d’une aggravation des dyskinésies (possible effet rebond) et confortent l’hypothèse du bénéfice symptomatique (au moins sur les LID) d’un traitement chronique par amantadine, et ce même après plusieurs mois de traitement.

Date de publication : 26-05-2014

Le stress a-t-il une influence sur la survenue de la maladie de Parkinson ?

Une question qui fait débat.

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Le stress a-t-il une influence sur la survenue de la maladie de Parkinson ?
Par Harold Mouras (Laboratoire de Neurosciences Fonctionnelles et Pathologies, CNRS – UMR 8160)
Article commenté :
Can stress trigger Parkinson’s disease? 
A Djamshidian, AJ Lees
J Neurol Neurosurg Psychiatry. 2013 Nov 20. doi: 10.1136/jnnp-2013-305911.
► Retrouvez l’abstract en ligne

Dans cet article, les auteurs élaborent sur une question en débat depuis de nombreuses années : « Le stress peut-il avoir une influence sur la survenue de la maladie de la maladie de Parkinson ? ». Dans cet article, l’hypothèse des auteurs est qu’un stress chronique pourrait induire une dégénération de la voie nigrostriée chez certains individus vulnérables.
Pour eux, le stress se définit comme « un état de tension mental ou émotionnel résultant de conditions difficiles ». Un stress chronique peut induire une activation prolongée d’un certain axe neural de commande (l’axe HPA) et conduire à un déficit des processus de contrôle du stress. Une étude a montré que les patients stressés avaient un risque accru de 2,7% de développer une maladie. De nombreuses données montrent aussi un effet du stress sur l’activité neuronale : atteintes motrices, réduction de l’activité dopaminergique dans différentes aires cérébrales.
Les auteurs rappellent une série de mécanismes possibles de l’effet du stress sur la dégénérescence neuronale : (i) réduction des défenses immunitaires ; (ii) déclenchement des réponses de type inflammatoire ; (iii) toxicité potentielle de la dopamine libérée dans le cytoplasme des cellules.

Dès lors, le stress émotionnel peut-il induire des symptômes tels que ceux observés dans la maladie de Parkinson ? Certains rapports médicaux de le première Guerre mondiale relatent certains soldats présentant des symptômes proches de la maladie de Parkinson. Les auteurs décrivent certains cas de patients atteints dont la réduction du stress chronique améliora certains symptômes de la maladie.
A l’appui de leur hypothèse, ils citent également le cas de la kinésie paradoxale intervenant dans des situations catastrophiques (tremblement de terre, etc…) où les patients parkinsoniens peuvent surpasser, parfois de façon très spectaculaire, leurs atteintes motrices. Cet effet pourrait s’exercer notamment via l’activation des voies noradrénergiques.
Les auteurs rappellent des informations importantes sur la phase prémotrice de la maladie : (i) les plaintes non-liées à des symptômes moteurs constituent environ 20% des motifs initiaux de consultations des patients ; (ii) avant le diagnostic, certains patients se sont plaints 10 ans avant le diagnostic par rapport à un groupe contrôle accompagnant la survenue d’un certains nombre de symptômes, notamment de l’humeur pendant cette période.
Enfin, les auteurs de cette publication soulignent le recouvrement important existant entre les symptômes des syndromes somatiques fonctionnels (fatigue chronique, fibromyalgie…) et les symptômes non-moteurs accompagnant la maladie de Parkinson.

En conclusion, à la lumière de ces éléments, les auteurs proposent que le stress émotionnel chronique induit la perte de neurones dopaminergiques chez certains individus vulnérables et que des syndromes somatiques fonctionnels sont couramment rapportés chez les patients atteints de maladie de Parkinson. Ainsi, la recherche chez des patients parkinsoniens d’une part et d’autres atteints de syndromes fonctionnels somatiques d’autre part, de polymorphisme de gènes connus pour être liés à la régulation du stress, pourrait être une piste de recherche intéressante au cours des prochaines années.

Publié dans neuro Scoop, les cahiers du Parkinson le 29 05 2014.

Attention aux fausses routes ! 

Le rôle de l’aidant et ( ou ) du personnel soignant est important dans la prévention de ce risque.

Ne pas négliger le réflexe de la toux dans la maladie de Parkinson

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La pneumonie d’inhalation est une cause majeure de décès chez les personnes atteintes d’une maladie de Parkinson. On considère la présence d’une dysphagie et de troubles de la déglutition comme les causes principales de ces infections pulmonaires. Une équipe d’investigateurs s’est intéressée au rôle du réflexe de la toux au cours de la maladie de Parkinson.

Vingt participants (âgés de 49 à 81 ans, dont 14 hommes) ont été recrutés, sans antécédents de pneumonie d’inhalation. La toux a été mesurée après déclenchement par des aérosols de capsaïcine, au cours de 3 tests de provocation. Des doses croissantes de 50 à 200 mM de capsaïcine ont été administrées à chaque test. L’existence de troubles de la déglutition a été également évaluée en préalable à cette analyse, par un spécialiste de la sphère ORL et par imagerie (radioscopie avec déglutition d’une gorgée de liquide radio-opaque).

Parmi les participants, tous ceux ne présentant pas de troubles de la déglutition ont un seuil de déclenchement de la toux à la capsaïcine parfaitement reproductible. Parmi les malades avec atteinte de la déglutition, seulement la moitié ont un réflexe de toux reproductible. Le réflexe de toux est significativement influencé par l’intensité de l’atteinte de la déglutition mais pas par la gravité générale de la maladie de Parkinson, par l’âge ou par la durée de l’évolution de la maladie.
L’importance de la dysphagie haute au cours de la maladie de Parkinson aboutit vraisemblablement à un émoussement du réflexe de toux, qui aggrave le risque de pneumonie d’inhalation.

La gestion clinique actuelle de ce problème se concentre cependant essentiellement sur la réhabilitation des troubles de la déglutition, avec une certaine négligence par rapport à cette altération de la toux. Notre compréhension de la protection des voies respiratoires doit donc évoluer et prendre en compte, à côté des processus servant à empêcher la pénétration de matériel (la déglutition), le réflexe visant à éjecter ce matériel une fois inhalé (la toux). Le patient le plus grave est celui qui inhale en silence ! Reste à savoir comment  corriger  cette anomalie de la toux et rétablir une sensibilité normale.

Dr Béatrice Jourdain

RÉFÉRENCE
Troche M et coll. : Decreased Cough Sensitivity and Aspiration in Parkinson Disease. CHEST 2014; 146: 1 294- 1299

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