Les chiens

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Je ne regrette rien.

1999 c’estl’année des P pour les noms de chiens, ceux que l’on inscrit au LOF, livre des origines françaises. Deux nouveaux pensionnaires vont agrandir la meute.
J’aimerais démarrer mon activité dès que nous aurons emménagé, je ne veux pas perdre de temps mais surtout j’ai hâte.
Pour faire des bébés il faut que mes nanas soient en âge de procréer, il faut donc les laisser grandir. Le bon âge pour une première gestation est 2 ans.
Et puis j’ai envie d’une troisième femelle, Ouinie et Odalys sont tellement mignonnes. Alors direction chez Marie José où je craque pour Pitchi une ravissante petite Cotonne de six mois, avec une fourrure soyeuse légèrement ondulée.
Elle s’intègre facilement dans la famille humaine et canine, passant d’une meute à une autre sans aucune difficulté. Mes autres Cotons semblent l’accueillir avec une certaine indifférence. Ah oui encore une de plus doivent ils se dire!
Pitchi s’adapte à toutes les situations, elle prend ses marques rapidement. Elle est docile, calme, c’est aussi un vrai petit clown. Elle nous amuse souvent en dansant debout sur ses pattes arrière imitant ainsi les tahitiennes. Elle est douce, attachante, très affectueuse.
Mais la qualité qui la caractérise surtout c’est la discrétion, elle est souvent un peu effacée, en retrait. Elle ne participe à aucune bagarre, elle est plutôt du genre pacifique.
Quand c’est l’heure des gamelles, elle marche normalement sans hâte pas comme certains qui se jettent dessus.
C’est la même chose à mon retour, elle est contente de me voir, elle me fait la fête mais avec un peu de retenue. Il faut dire que les autres ne lui laisse pas trop de place aussi.

Qui dit élevage dit reproduction bien sûr. Il me faut donc un mâle, un vrai, un dur, un tatoué, bref un étalon. Je le choisis chez un éleveur qui est le président du club de race.
Cet homme m’inspire confiance, il a de l’expérience, il connaît bien la race, ses lignées et le type de Coton qu’il produit depuis de nombreuses années. Il m’assure que le chiot que je viens choisir deviendra un adulte magnifique. Je l’appelle Paco.
C’est donc sur Paco que repose l’avenir de mon élevage (il ne le sait pas le pauvre, heureusement).
Je suis consciente que quand on choisit un chiot agé de quatre semaines à moins d’être une voyante rien ne garanti qu’une fois sa croissance terminée il sera conforme au standard de sa race, même si il est issu de parents champions.
La génétique nous réserve parfois bien des surprises. Cela je vais le découvrir à mes dépens.
Il faut toujours se souvenir que c’est dame nature qui décide .

Ah Paco, un caractère de Coton bien trempé, à deux mois il était déjà débordant d’énergie, infatiguable, courant partout, curieux de tout, toujours content et prêt à nous faire plaisir. Pour résumer un chien hyper actif possédant une sensibilité très prononcée.
A l’âge de un an j’ai voulu le faire confirmer, étape nécessaire pour un futur reproducteur.
Le hasard ou peut être pas a voulu que le juge qui confirmait ce jour là, soitl’éleveur chez qui Paco est né. Donc pour moi cela devait être une simple formalité.
L’examen de l’animal se passe sans problème jusqu’à l’exploration de la dentition.
J’ai vu soudain le juge blêmir, regarder, et regarder encore dans la gueule de Paco .
Stupeur, il manque des dents, et pas qu’une. Cinq, il manque cinq dents.
Surprise et déception pour moi car je n’ai plus d’étalon.
Consternation et vexation pour l’éleveur qui n’a jamais vu cela aussi bien dans sa carrière d’éleveur que de juge. Sa renommée en prend un coup, il aimerait que cela ne s’ébruite pas. Dans le monde de l’exposition canine ce genre de nouvelle se propage vite, mais ça ce n’est pas mon problème .
Il me demande de réaliser une radiographie des mâchoires qui va confirmer l’absence de molaire, de pré molaire et d’incisive. C’est une belle tare génétique.

Que vais je faire de Paco? Tout bon éleveur digne de ce nom se « débarasse » d’un chien inutile, l’animal étant placé dans une famille comme chien de compagnie. Business is business. Sauf que moi je ne raisonne pas de cette manière. On me reproche d’être trop sentimental. Quand je prends un chien c’est pour le meilleur et le moins bon. Paco fait partie de la famille, peu importe si c’est une bouche de plus à nourrir pour rien c’est moi que cela regarde.
Si j’ai choisi de faire de l’élevage ce n’est certainement pas pour gagner de l’argent.
Je suis tombée amoureuse de la race canine, mais j’aime tous les chiens . Je suis toujours attendrie, émue ou touchée en voyant un chien. C’est vraiment devenu une passion pour moi. J’ai envie de découvrir le chien dans sa globalité, depuis sa conception jusqu’à sa mort. Pour moi un chien c’est bien mais plusieurs c’est encore mieux.
Je m’investis beaucoup dans cette aventure, je suis consciente qu’il y aura des difficultés  mais comme on dit le jeu en vaut la chandelle. A ce jour je n’ai aucun regret .

C’est avec bonheur que j’ai accueilli et aimé chaque chien qui a partagé et qui partage ma vie. Je ne conçois plus ma vie sans chien, il est la révélation de ma vie.
Je m’épanouis en vivant avec eux, j’apprends à les connaître. Contrairement à ce que pensent certains je n’ai jamais fait de sacrifice à cause de mes chiens.
C’est mon choix et je l’assume avec bonheur.

Et me voilà à nouveau à la recherche d’un mâle. Jamais deux sans trois cette fois le troisième sera le bon. Je retourne ainsi chez mon fournisseur officiel de Cotons, Marie José.
Je l’aurai mon étalon ! Il va s’appeler Réglisse car il a beaucoup de tâches noires sur le corps. Mais laissons grandir c’est encore un chiot et il ne remplira son rôle que dans plusieurs mois.
Pendant toute sa croissance je suis restée attentive au bon développement de sa dentition. Je vous rassure toute suite à l’âge adulte toutes ses dents étaient sorties. Ouf.
Je vous en parlerai dans le prochain épisode.

Maintenant je dois trouver une affixe à mon élevage, vous savez ce sont les mots que l’on rajoute avant ou après le nom du chien sur le pédigrée parfois ils sont ridicules parfois ils sont assez pompeux. C’est un peu comme un titre de noblesse.
Il faut de l’imagination car d’autres sont passés avant moi, deux élevages de Cotons de Tuléar ne peuvent pas porter le même nom.
Je fais trois propositions à la SCC, société centrale canine. Celui qui est retenu est:
ONILAHY’S WHITE . Je voulais quelque chose d’original c’est bien vu, et de facile à retenir et à prononcer, ça c’est un peu raté. Mais bon cela me plait quand même, je suis fière de mon idée.
J’imagine déjà mes premiers bébés portant le nom de mon affixe:
ONILAHY ‘S WHITE. ROUMBA  wouaaaa !
Au fait que signifie Onilahy, et bien c’est un fleuve qui coule non loin du port de Tuléar dans la région Sud ouest de Madagascar. Les blancs d’Onilahy.

Les prochaines étapes la première saillie et le déménagement .

Tristesse

Tristesse .

Odalys

Je suis triste, mes Cotons sont tristes. Mais si croyez moi, ils le sont.
J’ai du chagrin. Car depuis hier l’ambiance à la maison n’est pas comme d’habitude, tout est plus calme. Une journée morose. En effet il manque un des leurs.
Odalys, je vous en ai déjà parlé précédemment.

Elle allait avoir 16 ans, elle souffrait d’un lymphome malin. Je ne le sais que depuis 15 jours, il a été découvert lors d’une visite pour sa vaccination annuelle. J’ai signalé au vétérinaire qu’elle manquait d’appétit, qu’elle avait un peu maigri.
Elle me semblait un peu ralentie et fatiguée mais je mettais cela sur le compte de la vieillesse.
J’ai remarqué qu’un chien ne se plaint jamais, il souffre en silence. Sauf si c’est une douleur aiguë bien sûr.
Les résultats des examens sanguins, les radios et les échographies ont été sans appel. Un stade déjà très avancé de ce cancer.
Je me suis dit alors que j’étais peut être passée à côté de quelque chose. Un indice qui aurait pu me faire consulter plus tôt.
Et puis en réfléchissant je la revois faire des bonds, manifester sa joie de me revoir à mon retour d’une quelconque absence plus ou moins longue, en aboyant avec une tonalité si particulière mais qui la caractérisait si bien, faire la folle en voyant sa gamelle. Il fallait voir avec qu’elle allure elle montait les escaliers. Toute légère, on aurait dit qu’elle volait au dessus des marches. Quelle classe, quelle élégance. Telle une plume qui flotte au grès du vent.
Elle n’était pas bien grosse ma Dalyssette, surnom que j’aimais lui donner affectueusement. Toute menue, toute frêle sous son abondante fourrure mais quel caractère bien trempé.
Son regard triste et son apparente fragilité nous attendrissait toujours.
C’est la première qui a demaré l’élevage, et qui nous a donné de beaux bébés. Elle a eu deux portées dans sa vie, une de cinq  et une de quatre, nous avons gardé une fille, Roumba un sacré temperament elle aussi.

Avec un taux de globules blancs très élevé, une anémie sévère entraînant une fatigue importante, une surcharge de travail pour le cœur, un humain n’aurait pas pu tenir debout très longtemps dans de telles conditions.
On dit que les animaux n’ont pas conscience de leur état de santé.
Le seul traitement proposé était palliatif compte tenu de son âge et de son état général.

Voilà tout s’est passé très vite et le moment tant redouté, l’euthanasie, est arrivé. Tant redouté pour moi bien évidement car pour elle se fut une délivrance.
Je l’ai tenue dans mes bras jusqu’à son dernier souffle. Auparavant tout en la caressant, en l’embrassant, je lui ai murmuré à l’oreille qu’elle nous avait apporté beaucoup de bonheur.
J’aime à croire qu’elle est au paradis des chiens, qu’elle a rejoint ses congénères avec  qui elle a vécue sur terre, qui nous ont quitté il y a 2, 3, 4 ans déjà et dont pour certains je ne vous ai encore même pas parlé, Shang, Réglisse, Suzie et puis les autres Louky, Iazou, Paco, Toto.

Ma tristesse pourrait s’arrêter là, mon deuil se faisant doucement mais malheureusement une autre de mes femelles, Sarah est en sursis. J’attend les résultats d’anatomopathologie de la biopsie d’une tumeur vésicale déjà très invasive dont la probabilité d’être cancéreuse est forte. Cela veut dire encore euthanasie mais cette fois l’état général de mon Coton n’est pas du tout altéré. Son unique problème actuellement, des difficultés pour uriner. Hélas dans un avenir plus ou moins proche sa vessie ne pourra plus éliminer l’urine. La chimiothérapie et la chirurgie ne sont pas réalisables. Donc pour elle aussi l’indication est le traitement palliatif.
En attendant j’essaie de ne pes trop y penser.

La perte d’un animal est toujours douloureuse, c’est un être vivant pas un meuble ni un objet, avec qui nous partageons souvent de longues années les bons comme les mauvais moments, ils sont les témoins silencieux de notre vie, toujours d’humeur égale, d’une patience inouïe et d’un amour indéfectible.

C’est vrai que cela fait très mal quand ils nous quittent.
Par contre quand ils vivent à nos côtes, ils nous apportent sans contre partie, joie, bonne humeur, tendresse, fidélité, charme, espièglerie, c’est tout cela qu’il faut garder en mémoire et se souvenir.

Sauvez la vie d’un chien !

Chaque propriétaire de chien devrait connaître ces gestes d’urgence et ainsi sauver la vie de notre plus fidèle compagnon.
La technique est simple, à la portée de tous, en voici une illustration, réalisée par Michel Lacasse, spécialiste en comportement canin à Montréal.
@Les4Pattes

Et ici « les gestes de premier secours pour le chien et le chat »

Vous pouvez aussi demander à votre vétérinaire lors d’une prochaine visite.
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Odalys, une patte de fer dans un gant de velours

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Odalys.

Une patte de fer dans un gant de velours.

Une jolie poupée , petit modèle, un caractère bien trempé, elle devient la matriarche de la meute. Elle est curieuse, elle est au courant de tout, une vraie concierge, tout ce qui entre dans la maison doit avoir son approbation, un contrôle obligatoire par la truffe de madame, un vrai scanner à pattes. Elle aurait pu faire carrière dans la brigade cynophile de la police. Quand je la regarde, son joli petit minoi me fait toujours craquer.

Quand elle entre dans la famille elle a déjà sept mois. Elle est assez sauvage et les pattes à peine posées dans le jardin la voilà qui se sauve chez les voisins. La récupérer n’a pas été une chose facile. Nous sommes restés vigilants assez longtemps de peur qu’elle ne fugue. Cependant elle s’attache rapidement à Marvin et c’est réciproque. Je finis par l’apprivoiser à mon tour mais c’est mon fils qui devient son maître, tous les jours elle n’a qu’une hâte c’est qu’il rentre de l’école pour être avec lui. Elle le suis partout, dans la salle de bains, couchée sur le tapis devant la douche, dans sa chambre, sur ses pieds quand il fait ses devoirs, allongée à côté de lui quand il dort, dans la cuisine, en rond sous sa chaise pendant les repas, sans oublier les toilettes devant lesquelles elle monte la garde. Quand il est absent elle l’attend devant la porte du salon ou dans l’entrée. Quand il arrive Odalys lui fait la fête comme si elle ne l’avait pas vue depuis plusieurs jours. Elle fait des petits sauts de cabri et poussent des cris aigus mêlés à des jappements. Cela fait plaisir à voir et elle nous amuse beaucoup.
Elle aime se cacher sous le canapé où elle peut voir sans être vue. Si un étranger pénètre dans une pièce elle peut y rester des heures même après son départ.

Voilà donc mon projet d’élevage qui commence à se concrétiser. Je me documente, je prends conseil auprès de Marie José, elle m’a beaucoup aidé et soutenu, je m’inscris à la société francophone de cynotechnie pour participer à des séminaires, assister à des conférences et passer mon certificat de capacité qui devient obligatoire à partir de cette période. Je l’obtiens sans difficulté à l’école vétérinaire de Lyon.
Je suis de plus en plus passionnée par toutes les connaissances que j’aquière sur la race canine et je n’ai aucun doute sur mon choix.
Je continue bien sur à travailler comme infirmière à l’hôpital.
Pour ne pas avoir trop de consanguinité les reproducteurs doivent être de lignées différentes c’est pour cette raison que nous choisissons un autre élevage que celui de Marie José pour notre deuxième femelle.
Je présente Odalys en expos mais je m’aperçois vite qu’elle n’est pas à l’aise. Elle a peur des gens, des autres chiens. Elle se fait le plus petite possible, sur le ring elle n’avance pas ou au contraire tiré sur la laisse pour le quitter. Je l’a fait confirmer et je n’insiste pas. Je suis certaine qu’elle n’a pas eu beaucoup de contact avec des êtres humains les premiers mois de sa vie. La socialisation du chiot est vraiment importante, l’équilibre de sa vie d’adulte en dépend.
C’est quand même plus agréable d’avoir un chien bien dans sa tête et qui n’est pas peureux.
Avec ses congénères elle sait se faire respecter quelque soit la taille de celui ou celle qui est en face d’elle. Je me souviens qu’un jour Odalys a tenu tête à une jeune femelle Beauceron de dix mois, elle la fait se mettre en position de soumission en quelques secondes, c’était assez impressionnant de regarder ce petit bout chienne bien campée sur ses quatre pattes, avoir de l’autorité sur un chien plus grand qu’elle.
Tout dans le regard et la posture. Respect mamz’elle Odalys.

La famille s’agrandit, nous voilà avec quatre Cotons. Tout le monde est content, moi je suis ravie. En rentrant de l’hôpital j’ai toujours de quoi m’occuper avec l’entretien de toutes ces boules de poils mais cela me plait. Je m’équipe de materiel professionnel de toilettage, table, séchoir, tondeuse et autres ustensiles spécifiques et indispensables. Je fais installer une petite baignoire sabot pour laver mes peluches. Petit détail amusant je la fait poser dans le garage car dans la salle de bains nous n’avons qu’une douche, pas très commode pour nettoyer un chien. Imaginez la tête du plombier quand il a su où il allait devoir l’installer et celle des acheteurs quand nous avons vendu cette maison. Bizarre ces gens avec leurs chiens non, vous ne trouvez pas ?

Tout ceci est bien mignon mais nous commençons à être un peu à l’étroit avec tout ce petit monde. Nous habitons dans un lotissement, un pavillon mitoyen sur un côté. Les voisins ne se plaignent pas mais nous songeons quand même à déménager. Le premier critère de sélection dans notre recherche c’est un lieu isolé pour ne pas gêner notre entourage avec les nuisances sonores dues aux aboiements et un grand jardin pour que nos petits chouchous puissent se dégourdir les pattes. Nous voilà  donc en quête de l’endroit idéal .
Nous visitons pas mal d’habitations qui pourraient nous plaire mais aucune ne correspond  à nos attentes. Et puis par bel un après-midi ensoleillé de juin, je trouve l’endroit idéal. Une jolie maison à flan de colline, à l’écart du village, avec un immense terrain entouré de vergers, et une vue magnifique sur la campagne Lorraine. Mari et enfants sont sous le charme aussi (un peu moins mes 2 fils peut être car changer de collège, de lycée et de copains quand on est adolescent ce n’est pas facile même si pour les parents, surtout pour la maman c’est pour la bonne cause). Avec le recul je me rend compte que c’est moi qui ai entraîné toute la famille dans cette grande aventure. Malgré tout personne ne va le regretter, même si les soucis ne vont pas tarder à perturber notre nouvelle existence.

Notre cheptel canin va s’accroître rapidement en quelques mois pour mon plus grand bonheur. Il va passer de 4 à 7. Les années 1999 et 2000 vont s’écouler très vite avec l’acquisition de trois nouveaux Cotons, le déménagement et l’emménagement . Pas le temps de s’ennuyer. Quand j’y repense c’était de la folie de vivre avec autant de chiens dans un quartier en ville mais je savais que c’était pour une courte période.
Je veux démarrer l’élevage dès que nous nous installons dans notre nouvelle maison. Qui dit bébés dit logiquement un papa et une maman. Or j’ai bien les femelles mais pas de mâle, Louky n’étant pas un « vrai coton ». Il me faut donc trouver un étalon.

Vous allez devoir patienter jusqu’au prochain récit pour connaître la suite.

 

A suivre….. 

 

Tourni le chien de ma vie

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Tourni plus fort que la maladie !

Je m’appelle Tournicoton, je suis un Coton de Tuléar.

J’ai six mois, je vis entouré de mes parents, mes frères et mes sœurs. Il y a aussi d’autres chiens avec nous, ils ne nous ressemblent pas, leur couleur est différente, il y a du noir, du blanc, et du roux. Et puis ils ont de longues oreilles, un regard un peu triste, on les appelle Cavaliers King Charles. Nous formons tous une belle et grande famille sous la protection de Marie José, notre maman d’élevage. Les journées défilent dans l’insouciance d’une existence de chien heureux.

Un matin je déménage, et oui c’est ma destinée, je vais vivre chez mes nouveaux maîtres dans une belle et grande demeure. Quelle ne fût pas ma surprise quand je découvre mes futurs compagnons de jeu. Ce sont d’étranges animaux, avec de longues pattes qui se terminent sur un seul ongle, énorme, une tête toute allongée avec une bouche remplie de grandes dents, de longs poils qui s’étalaient sur le cou. Ce sont des chevaux.

L’homme tient à me familiariser avec eux. La tâche ne va pas être facile mais je veux bien y mettre de la bonne volonté. Un jour il m’emmène avec lui à l’écurie. Il brosse un cheval, je suis à ses pieds, je regarde ce géant, je ne suis pas rassuré. En plus je ne suis pas vraiment dans mon assiette aujourd’hui ou plutôt dans ma gamelle. Je grogne,  le canasson s’énerve et l’homme agacé me fait signe de partir mais je crois qu’il veut me frapper alors je le mords. Oh rien de bien méchant, mais cela a suffit pour qu’il me ramène chez Marie José.

Quelques semaines plus tard je la quitte à nouveau. Je me retrouve à l’arrière d’une voiture entre deux garçons qui m’incitent au jeu. A l’avant il y a un homme qui tout en conduisant me regarde dans le rétroviseur. A côté une femme se retourne sans cesse pour me sourire et me parler. Sa voix est douce, elle a l’air gentille, elle me plait bien.

Le voyage me paraît long. Arrivé sur place je suis accueilli par mes nouveaux amis Cotons.

La première journée se passe bien, il y a tout ce qu’il faut pour rendre un chien heureux, un immense jardin, une bonne gamelle avec d’excellentes croquettes, un bon panier  bien moelleux comme je les aime sans oublier l’essentiel beaucoup de caresses.

Mais voilà que de nouveau je ne me sens pas bien.  Je ne mange plus,  j’ai de la fièvre, je suis léthargique seul dans un coin. C’est le week end, Marie m’emmène chez le vétérinaire de garde, il pense que c’est probablement une infection urinaire. Je dois prendre des antibiotiques, et dans 24h dit il, je serai sur pattes. Hélas le lendemain cela s’aggrave personne ne peut me toucher, j’ai mal partout, ma température dépasse 40 degrés. Je ne sais pas ce qu’il m’arrive mais je ne peux plus bouger.

Le lundi nous consultons le vétérinaire de la famille, il me fait une radio des poumons, une prise de sang mais il n’arrive cependant pas à trouver ce qui ne va pas.

Marie téléphone à Marie José qui lui demande de venir pour avoir l’avis de son véto. Ce dernier m’a à peine examiné qu’il annonce que je présente des signes neurologiques, avec une raideur de la nuque, il va donc me garder en hospitalisation pour me faire un prélèvement de liquide céphalorachidien sous anesthésie générale. C’est délicat et risqué mais nécessaire.

Toutes les deux sont inquiètes.

Le lendemain la nouvelle tombe, c’est une méningite lymphocytaire aiguë, maladie auto-immune, génétique dont le pronostic n’est pas très bon. Le traitement est palliatif, c’est  la corticothérapie sur une courte durée.

 

Chaque jour Marie est aux petits soins avec moi, elle est attentive, prévenante, elle s’occupe de moi avec douceur, quand j’ai mal elle me porte pour que je puisse faire mes besoins dans le jardin, elle me soigne, me parle gentiment. Ma vie est bien agréable.

Ma santé finit par s’améliorer lentement mais sûrement.

Tant que je suis sous cortisone tout va bien dès que le dosage diminue je rechute.

Après pas mal de tentatives de sevrage et en accord avec le véto, Marie décide de poursuive le traitement sans l’arrêter. De toute façon avec ou sans je suis condamné à plus ou moins long terme.

Les jours, les semaines, les mois passent, ma croissance est perturbée par les effets secondaires de la corticothérapie, mes os se déforment, ma peau devient sèche, transparente, je perds mes poils, je prends du poids. Je ressemble à un petit cochon rose, pardon Coton rose. Globalement je ne vais pas trop mal et cela ne m’empêche pas de vivre ma petite vie de chien. Je cours, je saute, je me roule dans l’herbe, je chahute avec mes potes, j’aboie, je taquine les nanas et je tourne. Je tourne sur moi même, toujours dans le même sens, je fais cela souvent. Pourquoi je le fais, je n’en sais rien, mais quand cela arrive je tourne vite, très vite surtout quand je suis content, cela amuse beaucoup ma maîtresse. Je le fais plus lentement quand je suis malade. C’est d’ailleurs un signal d’alerte pour Marie qui me connaît désormais par cœur. Je vais garder cette particularité toute ma vie. Ce n’est pas pour rien que Marie José m’a appelé Tournicoton.

Cet attachement réciproque accentué par la maladie va se transformer rapidement pour Marie en une véritable adoration et pour moi en un amour loyal, inconditionnel. Je crois pouvoir dire que je suis son chouchou. Parfois elle dit que je suis un petit lapin car je remue ma truffe sans arrêt.

Trois ans se sont bientôt écoulés, j’ai toujours une épée de Damoclès au dessus de ma tête, Marie tente un énième sevrage. Et là miracle tout se déroule sans problème, pas de rechute, me voilà en rémission.

Marie a donc fait le bon choix, merci cortisone. Elle reste néanmoins vigilante.

Et moi je suis un Coton chanceux.

Marie et son Parki
Je ne sais pas ce qu’elle a Marie mais depuis quelques temps je la trouve différente et je ne suis pas le seul à le constater.

Elle est fatiguée, dès qu’elle rentre du boulot elle nous dit à peine bonjour, et hop la voilà allongée sur le canapé. Elle joue moins longtemps avec nous, j’adore tellement quand elle court avec nous et nous lance la balle. Le repas vite expédié, les gamelles parfois vont valser. Le brossage vite fait, un peu bâclé, je n’aime pas trop cela mais qu’est ce que je ne ferais pas pour être entre ses mains seul avec elle. Les caresses une ou deux de temps en temps pour avoir bonne conscience. Quant à son humeur, elle a changé aussi, elle crie souvent après nous, quelques fois c’est justifié mais pas toujours. Quand elle prononce Tourni, avec des fleurs dans la bouche ça va, mais quand elle dit Toto, Totoooo sur un ton sec c’est qu’elle est fâchée, elle a sans doute raison j’ai dû faire une bêtise. Oh je ne lui en veut pas à Marie je l’aime trop pour cela. C’est ma maîtresse. Elle est si gentille.

Un jour après avoir passé une journée à l’hôpital elle est restée une dizaine de jours au lit sans se lever. Comme moi on lui a prélevé du liquide céphalo-rachidien mais elle a fait un syndrome post ponction lombaire, elle avait très mal à la tête, elle ne mangeait plus, elle perdait du poids.

Les semaines suivantes elle était souvent épuisée, elle marchait courbée à petits pas, ses gestes étaient lents, elle était de plus en plus triste et déprimée. Je voyais bien que quelque chose n’allait pas, je ne savais pas quoi faire. Je n’étais pas le seul bien sûr, son mari et ses enfants s’inquiétaient…  Alors je me suis dit  que j’allais veiller sur elle comme elle l’avait fait pour moi quand j’étais malade. Je lui devais bien cela. Aussi je restais souvent assis ou couché à ses pieds. Je me faisais discret mais pas trop pour qu’elle sache que j’étais au cas ou elle ait besoin de moi. Je voyais bien que ma présence la réconfortait quand même.

Avec mes compagnons j’essayais de la distraire en faisant le pitre. Quelques fois cela marchait, ses lèvres esquissaient un sourire.

Deux longues années se sont passées avant que les médecins ne trouvent ce qui fait tellement souffrir Marie: c’est la maladie de Parkinson.

Comme moi elle doit prendre un médicament tous les jours, le sien s’appelle MODOPAR, c’est amusant on a chacun son pilulier, mais attention il ne faut pas se tromper !

Et petit à petit Marie reprend enfin du poil de la bête, quel bonheur. Elle sourit à nouveau, elle est joyeuse, elle se déplace avec aisance, ses gestes sont assurés, elle joue à nouveau avec nous dans le jardin. Tout le monde est content, mari, enfants et toute la meute de Cotons. Merci Levo Dopa.

 

 

Marie et Tourni pour la vie
Vous devez vous en douter, la maladie nous a rapproché Tourni et moi.

Cet attachement mutuel me ravi, Tourni est un chien adorable. Il est sympa, intelligent, attentif, il a bon caractère, il est sociable. Il adore quand je le porte, il se blotti contre moi, Il est tout chaud, tout doux, il se laisse aller confiant, et il sent bon, un léger parfum animal unique en son genre. Son regard est tendre et charmeur, je fonds littéralement, je ne suis jamais fâchée bien longtemps quand il a fait une bêtise.

Il me suit partout, là où il y a Marie il y a Tourni. Il est très curieux et très gourmand, la cortisone a accentué ce petit défaut le transformant en véritable ventre sur pattes. Une fois nous l’avons surpris dans le local où l’on range les sacs de croquettes, il en avait éventré deux et se goinfrait.

Il apprécie la voiture. Pendant le trajet il est souvent sur mes genoux ou alors il pose les deux pattes sur l’accoudoir entre les deux sièges avant, il se redresse et regarde trop devant lui, fier comme Artaban. De temps en temps nous allons rendre visite à Marie José, il ne faut surtout pas l’oublier.

Toto toujours présent dans les bons comme dans les mauvais moments, petite boule de poils qui a pris une place si importante dans ma vie.

Il est resté en rémission cinq ans, cinq ans que je n’ai pas vu passer et qui m’ont fait oublier que les chiens ne sont pas éternels. La rechute, l’ultime était inévitable. La  cortisone lui a accordé deux années de sursis. Le point de non retour tant redouté a fini par arrivé. On dit que tant qu’un chien mange c’est que tout va bien. Certes Tourni avait bon appétit mais c’était grâce à son traitement car il ne pouvait plus marcher, ses pattes étaient arquées, déformées par la déminéralisation osseuse, des plaies apparaissaient au niveau des oreilles, des babines, des coussinets, ses défenses immunitaires étant affaiblies par la cortisone. La maladie avait fini par prendre le dessus. Il passait son temps à dormir, je devais le porter il n’avait plus envie de se balader dans le jardin. Il restait sur place comme pétrifié, en me regardant l’air de dire c’est gentil mais je préfère dormir dans mon panier. Il devait souffrir mais je l’ai très rarement entendu se plaindre ou gémir.

Alors il a fallu prendre une décision, celle de l’euthanasie. Celle de la délivrance.

Car quel est l’intérêt pour un chien de continuer à vivre dans de telles conditions.

Quand on adopte un animal on est responsable de sa vie, on s’engage à prendre soin de lui et on ne s’imagine pas qu’un jour on nous demande de décider de sa mort.

Étrangement quand l’accord fût donné j’ai eu envie que la chose se réalise rapidement car j’ai pris conscience de la réalité de la situation. A cet instant la raison, le rationnel l’emporte sur l’émotion et les sentiments. Il faut penser au chien et pas à soi.

Au moment de l’injection un immense chagrin m’a envahi.

J’ai accompagné Tourni jusqu’à son dernier souffle, je ne pouvais pas le laisser seul surtout pas dans un moment pareil. Alors je caressais sa tête d’une main, l’autre je la posais sur ses côtes, je lui parlais doucement à l’oreille, je le regardais dans les yeux. Puis son corps s’est relâché, sa poitrine s’est immobilisée, son cœur s’est arrêté. Ses paupières ne se sont pas fermées, et j’ai perçu comme un apaisement juste avant que son regard ne se fige.

À cet instant j’ai éprouvé une étrange et déconcertante sensation de banalité du geste. Attention je ne juge pas le comportement du vétérinaire, je lui confie la santé de mes chiens depuis de nombreuses années. Il suffit de pousser le piston d’une seringue, à peine quelques secondes et ça y est tout est fini.

 

Tourni, mon Toto est mort au début de cet été. Je pense à lui tous les jours,  Toto mon fidèle compagnon de galère. Il souffrait c’est certain mais rarement il l’a montré. Il a mené une existence courte mais heureuse de Coton de Tuléar et c’est le souvenir d’un chien plein de joie de vivre que je veux garder de lui.

Alors vois tu, je te le dis Tourni, mais je crois que tu l’as compris, tu es le chien de ma vie.