Au secours, j’ai Parkinson !

Au secours, j’ai Parkinson !
voleur

Parkinson je t’ai écrit une lettre, elle est sans doute tombée dans les oubliettes.
Souviens toi, c’était il y a un an, je te disais: Parkinson, je vous pardonne.
Tu as pensé, ça y est elle baisse les bras, je suis le vainqueur de ce combat.
Aujourd’hui je ne suis plus du même avis j’ai décidé de te parler ouvertement, sans langage complaisant.

Sournoisement, tu t’appropries un corps, comme ça l’air de rien, au hasard.
Le hasard, peut être, peut être pas. Je n’y crois pas, car je te soupçonne d’être assez maléfique pour choisir de jeter ton dévolu sur tel individu plutôt qu’un autre.
Tiens, cette femme là, jeune, la quarantaine, bien installée dans sa vie de femme  mariée.
Elle a deux enfants, elle exerce un métier qui lui plait, elle s’épanouit dans sa passion, elle vit, tout simplement .
Hé bien cette femme là, ce corps là, c’est le mien.
C’est moi que tu as négligemment et avec mépris désigné pour satisfaire ta cruauté.
Jamais rassasié tu poursuis ton chemin sacrifiant ici et là d’autres innocents car jamais tu ne t’arrêteras. Des corps tu en veux, il t’en faut, tu les prends, il t’en faut encore.

Officiellement tu t’es déclaré en 2003, me volant 11 ans de ma vie; 11 ans déjà, comme le temps passe.
En dérobant mon insouciance, ma dignité, tu agis avec ignominie comme le sale voleur que tu es.
Usurpateur de corps, profanateur de vie.
Scélérat je te maudis.

Malgré la constance et la détermination de nombreux chercheurs à travers le monde, personne encore n’a su percer tous tes secrets, laissant ainsi planer un nébuleux mystère autour de toi .
Méfie toi Parkinson, la roue tourne, on dit que l’union fait la force, le jour viendra où tes victimes rebelles et insoumises prendront le dessus remportant ainsi la victoire .
Tous ces hommes, toutes ces femmes restés dans l’ombre qui semblent sommeiller, s’apprêtent à te donner c’est certain le coup de grâce un jour prochain.
Parkinson pour qui sonnera le glas,
Parkinson je serai là, nous serons tous là pour assister à ton trépas .

Il fût un temps qui n’est pas si loin d’ailleurs, ou je me moquais de toi, de ta façon quelque peu légère, voire timide de bouleverser mon corps.
C’était au début, on apprenait à se connaître, c’était l’époque de la découverte, une sorte de lune de miel.
Ton côté mystérieux m’a je dois l’avouer, un temps captivée, te montrant sous un bon jour, alors que moi je vivais un peu détachée, un peu désinvolte. Pendant que toi pervers comme tu l’es, tu ricanais en savourant ton emprise sur moi et en pensant à l’avenir que tu me réserves.
Habile, subtile stratagème preuve de ta méchanceté.
Tu as profité de ma sérénité, de ma naïveté, tu as abusé de moi, me manipulant à ta guise.

Voilà plusieurs mois que tu ne me ménages plus, mes périodes de repit fondent comme neige au soleil. Souvent trop souvent, tu me surprends avec tes douloureuses offensives cinglantes, humiliantes me laissant pétrifiée ou léthargique selon ton humeur.
Petit à petit en véritable tyran tu m’obliges à faire allégeance en me privant de liberté.
Liberté de mouvement: me déplacer, marcher, courir, sauter, m’asseoir, me lever, conduire, avancer, reculer, danser en un mot BOUGER.
Tu me prives de ma dextérité, de mon habilité: pour manger, me laver, m’habiller, pour conduire, travailler, bricoler, jouer, en un mot EXISTER.
Me voilà promue au rang de tortue, une tortue oui mais pas celle de la fable.
Tu joues avec ma liberté d’EXPRESSION: m’empêchant de parler, d’ écrire, de communiquer correctement. Tu vas même jusqu’à figer les traits de mon visage contrariant mon sourire. Sourire mon atout majeur.
Tu me prives de mon ÉQUILIBRE: cet état de stabilité du corps; perdre ou garder son équilibre. Avec toi c’est plutôt le perdre, tu ne m’aides guère le retrouverez d’ailleurs car souvent mon corps chavire. Il vacille, il penche en avant comme attiré par un aimant vers le sol, et je sens que tombe, et je sens que je tombe, comme dans la chanson Mon amie la rose. Du coup mon centre de gravité est dérouté, ma boussole s’affole, mon cerveau concentré au maximum ordonne, en avant toute, marche !
Mais mes pieds sont collées au sol, il faut que mes jambes décollent pour rétablir mon équilibre. Elles tentent en vain d’obéir mais rien, rien ne se passe.
Quand on veut on peut, dit une petite voix sarcastique.
Allez Marie, allez un petit effort.
Mais enfin vous voyez bien que je n’y arrive pas ?
JE NE PEUX PAS !
Je vous en prie, il y a quelqu’un qui peut m’aider ?
Personne!…..
Puis soudain tel un chevalier sorti de l’ombre voici L DOPA alias Sinemet qui diffuse la précieuse Dopamine.
Aaaah, enfin la délivrance. J’amorce  un pas, puis un deuxième, un troisième, des petits pas mais des pas quand même.
Que c’est bon de marcher vous ne pouvez pas savoir, non vous ne pouvez pas vous imaginer vous qui marchez sans y penser quelle sensation de joie m’envahit quand enfin je peux  mettre un pied devant l’autre.
A chaque fois je pense au jeune enfant faisant ses premiers pas, je revois mes fils, leurs visages rayonnants, heureux de découvrir la marche.

Pourquoi moi, qu’ai je donc fait, ce n’est pas juste. Jamais je ne me suis posée ces questions.
Je me la suis alors posée autrement. Pourquoi pas moi? Serais je différente du reste de l’humanité pour échapper à la maladie ?
N’importe qui peut être touché par une quelconque affection, certains ont seulement plus de chance que d’autres. Et n’allez pas me dire que la haut il y a quelqu’un qui veille sur nous. Si vraiment ce quelqu’un existe alors il est particulièrement cruel avec nous en nous infligeant de telles souffrances. Et dans quel but ? Nous punir dirons certains? Mais nous punir de quoi?

Si il y a une chose en laquelle je crois c’est bien en l’humanité. C’est une évidence l’homme est capable du meilleur comme du pire, mais depuis son existence sur terre il n’a jamais cessé d’évoluer grâce à sa curiosité, son intelligence, son opiniâtreté, sa combativité, son courage dans de nombreux domaines notamment la médecine .
Et concernant la MP il y a plusieurs pistes sérieuses et prometteuses.
Régulièrement les médias se précipitent pour nous informer de telle ou telle avancée nous faisant croire au miracle.
Mais patience, gardons espoir notre jour de gloire viendra.
Les chercheurs, la science ne sont pas loin de toucher au but.

Et alors ce jour là Parkinson, ce jour là……….crois moi, tu ne te relèveras pas .

16 réflexions au sujet de « Au secours, j’ai Parkinson ! »

  1. Très bel article au travers duquel on comprend mieux la maladie de Parkinson et les troubles que ressent une personne atteinte.
    Je souhaite de tout coeur qu’une solution soit très vite trouvée pour tuer Parkinson.
    Courage.

  2. EXTRAORDINAIRE,
    Marie Christine, tu écris de façon extraordinaire, tu décris de façon extraordinaire !!
    les mots me manquent surement mais je te dis merci de si bien décrire ce squatteur mal élevé, mal poli, sans gêne !! il a en effet du souci à se faire car le jour où il sera enfin mis à terre, personne ne sera là pour l’aider à se relèver…………

  3. Marie Christine, tu crie tout haut ce que nous vivons tout bas et malheureusement pour beaucoup de galériens de PdeP dans le silence et la solitude. Quant à l’indifférence des autres je n’en parles même pas. Merci de ce texte et je t’invite si tu le souhaite à déposer un lien sur Agora Parkinson. Courage , Amitiés

    1. Merci Patrick. Depuis plusieurs mois comme on dit « je déguste » c’est effectivement un véritable cri de cœur et du corps . C’est volontiers que je vais déposer le lien sur Agora.

  4. Oh comme je souhaite de tout mon coeur que cette vilaine maladie soit tuée !! Hélas on dirait que les malheurs et les vilaines maladies sont toujours pour les personnes les plus gentilles.
    Dès que je peux je parcours tout ce blog pour tout découvrir
    Toute mon amitié et plein de courage

    1. Merci Sophie je suis très touchée par ton commentaire.
      Tu sais je me dis que Julie est arrivée au bon moment car elle m’aide à supporter tout cela avec sa joie de vivre, ses bêtises, sa tendresse . Un vrai petit amour .
      Amitié.

  5. Bonsoir Miss Dopa je viens de lire ce texte qui est tres beau et qui refléte exactement
    ce que l’on ressent dans notre corp lorsqu’on est squoiter par la MP c’est une soufrance
    du matin au soir et je me revoie en parler avec mon neurologue et sa réponse toute
    naturelle,les douleurs que vous avez ne concerne pas la MP,alors elles viennent d’où?
    et la silence car il n’a pas pu me répondre.Et pourtant elles sont bien réelle ces douleurs
    et beaucoup de personne ressente la méme chose on ne peut pas les inventer et elles
    font mal tout les jours du matin au soir,j’en arriverait méme a dire que l’on si habitue,car on ne peut pas faire autrement.Je tenais a donner mon témoignage car je sais que je ne suis pas la seule mais j’espere qu’un jour prochain les chercheurs pouront nous soulagez faute de pouvoir nous guérir.Monique (ou marie France pour Agora )

    1. Merci pour le commentaire Monique . C’est vrai que les médecins connaissent bien la maladie, en théorie seulement car nous nous vivons avec et nous la pratiquons 24h sur 24.
      Prenez soin de vous .

  6. Tu as trouve les mots qui décrivent notre hôte indésirable. Je n ai qu un mot concernant ton texte magnifique
    Pleins de courage et de biz
    Zabou

    1. Merci Zabou, j’espère n’avoir choqué personne mais ce que je raconte c’est ce que je vis. Du courage j’en ai mais je reconnais que quelques fois le moral est un peu en berne. Je suis très bien entourée.
      Bises.

  7. Quel beau texte je t admire pour ton courage perso tes symptômes me fait peur car cela arrivera a mon mari par moment cela est très difficile avec lui j ai du ma la accepter sa maladie je sais que je n ai pas le choix( a part le quitter) j ai du mal a comprendre son changement je ne reconnais plus mon mari je vis desjours très compliquer et je ne sais si je vais tenir le coup je suis tellement stresser que je me boussille la santé que faire j ai peur je t embrasse

    1. Bonjour Sashka..Je suis désolée de voir que ton mari et toi vous traversez une période difficile. Le seul conseil que je puisse te donner c’est de vous faire aider, il y a des personnes dont c’est le métier . Vous ne pouvez pas rester comme cela, vous êtes malheureux tous les deux. Il y a toujours une solution à un problème . Il faut prendre le temps d’y réfléchir , de se remettre en question parfois et avoir de la patience.
      Le courage c’est bien mais cela ne suffit pas et puis je ne suis pas toute seule dans ce cas, tout le monde peut y arriver, c’est plus facile pour certains que pour d’autres mais c’est à la portée de tout le monde. Il faut s’en donner les moyens et allez au delà des préjugés.
      Je pense bien à toi. À bientôt.

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