Imagerie tau, il faudra attendre encore un peu !

Imagerie tau, il faudra attendre encore un peu !

Par le Dr Christian Geny (CHU – Montpellier) [Déclaration de liens d’intérêts]

Le diagnostic des syndromes parkinsoniens au stade précoce est un challenge pour le clinicien et une limite importante pour les essais thérapeutiques. Les progrès en imagerie métabolique suscitent de réels espoirs.
Cette revue générale publiée par une équipe coréenne dans une revue destinée à des neurologues cliniciens montre les difficultés techniques mais aussi les importantes potentialités de ces nouveaux traceurs.

L’imagerie amyloïde était un enjeu majeur dans la recherche de biomarqueurs de la maladie d’Alzheimer (MA). Plusieurs radiotraceurs ont été créés, permettant d’identifier l’accumulation de la protéine amyloïde et le diagnostic à un stade précoce.
Toutefois ce marqueur était peu utile pour apprécier l’évolution de la maladie car le marquage était diffus et peu évolutif.
Les dégénérescences neurofibrillaires (DNF), second acteur de la pathologie de la MA, sont un témoin plus direct du processus pathologique car la progression de l’accumulation des DNF est corrélée à l’évolution clinique.
Les chercheurs ont ainsi développé un marqueur des paires de filaments hyper phosphorylés de la protéine tau. Le premier radiotraceur 18F -THK523 a été développé en 2011. Ses propriétés ont cependant limité son utilisation au domaine de la recherche.
Les études cliniques ont été décevantes en raison d’un fort marquage de la substance blanche et d’un faible ratio de fixation.
Une seconde génération de radiotraceurs plus spécifiques a été créée et le 18F -THK-5117 est actuellement considéré comme un marqueur dans la MA. D’autres études avec d’autres radiotraceurs ont montré une persistance de la fixation au niveau de la substance blanche, une forte fixation dans la protubérance et des ganglions de la base.
Plus récemment, des études avec le 18F -THK-5351 ont montré que ce traceur fixait la monoamino-oxydase B dans les ganglions de la base et le cortex insulaire. L’administration d’une simple dose de selegiline réduisait de la fixation de 37-52% du traceur !
18F-Flortaucipir est un des derniers traceurs proposés offrant l’avantage d’une moindre fixation à la substance blanche et une affinité 25 fois plus forte à PHF-tau qu’Aβ. Malheureusement ce produit a une cinétique instable.

C’est surtout dans les pathologies mixtes ou tau que ces traceurs sont très attendus. La démence à corps de Lewy est une entité complexe puisqu’elle est caractérisée comme une synucléïnopathie mais les études neuropathologiques ont montré la présence de dépôt amyloïdes et de dégénérescence neurofibrillaire. Les études avec le 11C –PIB ont montré un dépôt amyloïde chez 68% des patients DCL ! Qu’en est-il avec le 18F-Flortaucipir ?
Il existe un marquage dans le cortex occipital et pariéto-temporal postérieur corrélé avec le 11C –PIB. L’absence de marquage du cortex temporal interne est remarquable car elle permettrait de faire le diagnostic différentiel avec la MA.
Qu’en est-il avec les tauopathies ? Le marquage est plus important dans le tronc cérébral et le globus pallidum dans la paralysie supranucléaire progressive et de manière asymétrique dans le cortex moteur et les ganglions de la base dans la dégénérescence cortico-basale.
Toutefois l’affaire n’est pas réglée car il existe un marquage postérieur du putamen dans l’atrophie multisystématisée, authentique synucléïnopathie. Plusieurs hypothèses sont proposées pour expliquer ce marquage non spécifique (interaction avec le fer).

Les auteurs, conscients des limites de ces marqueurs (fixation non spécifique du putamen), concluent cependant que le 18F-Flortaucipir pourrait être un marqueur utile dans le diagnostic différentiel des syndromes parkinsoniens ou pour apprécier l’effet d’immunothérapies ciblées.
Date de publication : 27 Février 2018 dans le Neuroscoop.

Transporteur de la sérotonine et anxiété dans la maladie de Parkinson

Transporteur de la sérotonine et anxiété dans la maladie de Parkinson

Par le Dr Harold Mouras (EA 7273 – Centre de Recherche en Psychologie, Université de Picardie Jules-Verne – Amiens)

L’anxiété est un symptôme accompagnant souvent le développement de la maladie de Parkinson, mais ses corrélats neuraux n’ont été que peu explorés jusqu’à maintenant. Les dysfonctionnements intervenant dans les signalisations dopaminergique et sérotoninergique pourraient jouer un rôle dans la pathophysiologie de l’anxiété.
Le 123I-FP-CIT est un radiotraceur dont la liaison dans les aires striatales et extrastriatales sous-corticales représente la liaison principale au transporteur présynaptique de la sérotonine (acronyme anglais DAT) et au transporteur de la sérotonine (acronyme anglais SERT).
Ainsi, la disponibilité de ces deux molécules (DAT et SERT) pourrait consister une mesure in vivo de l’intégrité des neurones dopaminergiques et sérotoninergiques.

Sur le plan méthodologique, les auteurs ont étudié l’association entre les symptômes anxieux mesurés grâce à la sous-échelle affective de l’Inventaire de Dépression de Beck et la liaison du radiotraceur (123I-FP-CIT) chez 127 patients atteints de maladie de Parkinson, non-déments. Les analyses furent conduites chez des patients avec et des patients sans médication dopaminergique.

Les résultats de cette étude démontrèrent que la sévérité des symptômes anxieux était négativement corrélée avec la liaison du radiotraceur au niveau du thalamus droit. Dans le sous-groupe de patients sans médication dopaminergique, une association négative fut démontrée entre ces symptômes et la liaison du radiotraceur dans le thalamus de façon bilatérale.

En conclusion, cette étude indique que de hauts niveaux d’anxiété chez des patients atteints de maladie de Parkinson sont associés avec une diminution de la liaison du radiotraceur sur le thalamus, tendant à montrer l’implication de la dégénérescence des voies sérotoninergiques dans la survenue des symptômes anxieux chez les patients.
Date de publication : 27 Février 2018 dans le Neuroscoop.

Effet de la réadaptation de groupe sur la motivation et les activités quotidiennes chez des patients atteints de maladie de Parkinson.

Par le Dr Harold Mouras (EA 7273 – Centre de Recherche en Psychologie, Université de Picardie Jules-Verne – Amiens) [Déclaration de liens d’intérêts]
Article commenté :

La réadaptation est efficace chez les patients atteints de maladie de Parkinson, car elle participe à diminuer les symptômes moteurs de la maladie. Cependant, les patients peuvent ne pas manifester d’améliorations, en fonction par exemple des différents environnements dans lesquels est conduite cette réadaptation ou lorsqu’ils effectuent des mouvements impliquant une activité multi-tâche.

Quel était l’objectif de cette étude ? La réadaptation implique un facteur de réapprentissage. Ainsi, il est important d’accroître la motivation des patients pour augmenter l’efficacité du processus d’apprentissage.
Dans cette étude, les auteurs ont souhaité évaluer l’effet de la réadaptation en groupe sur la motivation des patients, leurs symptômes moteurs et leurs activités quotidiennes.
Sur le plan méthodologique, 27 participants furent assignés soit à un groupe d’entraînement individuel (deux séances hebdomadaires en sus de la réadaptation individuelle quotidienne), soit à un groupe exerçant la réadaptation en groupe (deux séances de réadaptation en groupe par semaine en sus de la réadaptation individuelle).
L’ensemble des participants à l’étude reçurent ce traitement pendant 8 semaines. Les participants furent évalués à l’entrée puis à la sortie du programme via les échelles UPDRS, d’apathie. Ces évaluations furent réalisées en période « ON » de médication.
Les résultats de cette étude furent éloquents : certains scores (UPDRS-Partie 3 ou Parkinson Disease Questionnaire) furent significativement améliorés par la prise en charge dans les deux groupes, alors que ceux de l’échelle d’apathie et de la partie 2 de l’UPDRS furent uniquement améliorés pour les patients ayant suivi une réadaptation en groupe.

En conclusion, une réadaptation en groupe semble accroître la motivation des patients et pourrait avoir des effets positifs sur la réhabilitation individuelle de la qualité de vie.
Date de publication : JIM 25 Janvier 2018

SYNDROMES PARKINSONIENS. Corrélation entre apathie et altération de la substance blanche dans la maladie de Parkinson

Par le Dr Harold Mouras (EA 7273 – Centre de Recherche en Psychologie, Université de Picardie Jules-Verne – Amiens) [Déclaration de liens d’intérêts]

L’apathie est un symptôme non-moteur se développant dans la maladie de Parkinson, mais peu de recherches ont été conduites cherchant un lien entre celui-ci et d’éventuelles atteintes de la substance blanche.

Dans cette étude, les auteurs ont cherché à savoir si l’anisotropie fonctionnelle (AF) de la matière blanche – un indice de son intégrité – permettait de discriminer des patients apathiques et des patients non-apathiques et si cet index corrélait avec la sévérité de l’apathie développée.
Sur le plan méthodologique, 39 participants atteints de maladie de Parkinson furent recrutés, 18 d’entre eux ayant développé une apathie. L’imagerie par tenseur de diffusion fut mise en œuvre pour explorer l’intégrité de la substance blanche.
Sur le plan des résultats, les patients ayant développé une apathie présentèrent une atteinte de la substance blanche (i.e. une réduction de l’anisotropie fonctionnelle) au niveau du genou, du corps calleux, de la corona radiata et du cingulum gauche.
De plus, dans ces régions les valeurs d’AF étaient négativement corrélées avec les scores d’apathie chez les patients apathiques.

En conclusion, il existe un lien entre l’atteinte de la substance blanche et l’apparition de l’apathie lors du développement de la maladie de Parkinson, et ainsi les valeurs d’AF dans certaines régions pourraient être des marqueurs pertinents pour prédire la sévérité de l’apathie pouvant se développer.
Date de publication : JIM 31 Janvier 2018

QU’EST CE QUE LA PROSODIE ?

Selon Heilman, Leon et Rosenbeck (2004), le discours permet de transmettre simultanément deux types de messages : un message verbal et un message prosodique. Le message verbal désigne le sens, ce qui est dit. Il fait appel à la sémantique, au lexique, à la syntaxe et aux processus phonémiques. Le message prosodique quant à lui est non verbal. Ce sont des changements dans la mélodie, l’intonation ou l’accentuation qui définissent la prosodie.
On distingue généralement deux sortes de prosodie : la prosodie linguistique et la prosodie émotionnelle appelée également prosodie affective. La prosodie linguistique est utilisée lorsque l’on accentue un mot ou un groupe de mots afin de mettre en évidence des éléments de la phrase (lorsque l’on fait un reproche par exemple : « c’est TA faute ») et aide à la compréhension de l’énoncé. Elle permet également de recourir à un mode en particulier (déclaratif, interrogatif, exclamatif, etc.). La prosodie émotionnelle, quant à elle, sert à véhiculer un message avec une composante émotionnelle. La tonalité de l’énoncé change afin de transmettre un message émotionnel qui peut être positif, négatif ou neutre.
La prosodie peut également être congruente ou non avec le contenu sémantique de la phrase. Dans le cas de la congruence, le ton émotionnel utilisé correspond au contenu sémantique du discours. L’humour, le sarcasme ou l’ironie amènent à des situations de non congruence car la prosodie émotionnelle et l’aspect sémantique transmettent dans ce cas un message différent.

Suite à un dysfonctionnement du cerveau, les capacités de production et de reconnaissance de la prosodie peuvent être altérées. Des études ont été réalisées sur différentes populations pour évaluer ces déficits et leurs spécificités. On peut trouver dans la littérature des recherches étudiant la prosodie chez des sujets schizophrènes (Edwards et al., 2001 ; Bozikas et al., 2006), des patients atteints de la maladie d’Alzheimer (Costa et al., 2011 ; Drapeau et al., 2009), ainsi que des personnes souffrant de dépression (Kan et al., 2004). 2

 

Voici une étude qui montre l’altération dans la compréhension de la prosodie émotionnelle après stimulation cérébrale profonde du noyau sous-thalamique
Harold Mouras

Par le Dr Harold Mouras (EA 7273 – Centre de Recherche en Psychologie, Université de Picardie Jules-Verne – Amiens) [Déclaration de liens d’intérêts]

Les patients atteints de maladie de Parkinson présentent généralement des troubles dans la reconnaissance et l’expression de la prosodie émotionnelle. Le but de cette étude était d’explorer le traitement de celle-ci chez de tels patients ayant subi une implantation récente pour une stimulation cérébrale profonde au niveau du noyau sous-thalamique.

Sur le plan méthodologique, trois groupes de participants furent formés : (i) patients avant implantation ; (ii) patients après implantation ; (iii) participants contrôles.
Tous les participants passèrent des tests de reconnaissance utilisant la base de données « Montréal Affective Voices », et durent produire 5 émotions non-verbales. Quinze locuteurs natifs chinois furent recrutés comme cotateurs.
Les résultats de cette étude furent éloquents : (i) globalement, les groupes de patients démontrèrent des scores de production et d’expression de la prosodie émotionnelle inférieurs au groupe contrôle ; (ii) l’implantation d’électrode ne démontra pas d’effet sur la reconnaissance de la prosodie émotionnelle mais un effet significatif sur sa production ; (iii) les analyses de corrélation montrèrent des corrélations significatives entre les performances sur la reconnaissance de la prosodie émotionnelle et son expression pour les deux groupes de patients.

En conclusion, l’implantation d’électrode au niveau du noyau sous-thalamique ne semble pas altérer la reconnaissance de la prosodie émotionnelle. Les auteurs de cette étude ont montré des altérations dans la reconnaissance et l’expression de la prosodie émotionnelle avant et après implantation, plaidant pour un réseau commun participant aux deux processus.
Date de publication : JIM 7 Février 2018