Parkinson et l’alimentation.

Le site de la Neurologie
Christian Geny
Par le Dr Christian Geny (CHU – Montpellier) [Déclaration de liens d’intérêts]
D’après la communication :
The Most Relevant Nutritional Issues in Parkinson Disease
Emanuele Cereda et al.
IAPRD 2017, Hô-Chi-Minh-Ville (Vietnam), 12-15 novembre 2017

Au pays de Brillat Savarin, l’annonce d’un diagnostic de maladie chronique comme la maladie de Parkinson génère rapidement de nombreuses interrogations sur la nourriture : mon régime alimentaire est-il la source de ma maladie ? Comment influencer l’évolution de celle-ci par un régime ?
Dans ce domaine, le clinicien possède peu d’informations factuelles qui permettent de conseiller son patient.
Les études épidémiologiques permettent de suspecter des facteurs protecteurs (café, tomates, poivrons) ou de risque (lait) d’apparition de la maladie mais peu d’informations utiles pour influencer l’évolution de la maladie. C’est une des raisons expliquant l’absence de guidelines nutritionnelles.
Pourtant les conseils nutritionnels utiles peuvent être proposés en raison de certaines particularités de la MP.

Emanuel Cereda est un expert italien de la nutrition dans la MP et nous a présenté le fruit de son analyse mais aussi les futures recommandations sur ce sujet faites par l’ESPEN (European Society for Clinical Nutrition and Metabolism).
Pour cet auteur, il est essentiel de préserver la masse musculaire, de tenir compte des troubles gastro-intestinaux spécifiques de la maladie et du rôle éventuellement délétère de la ration protéique. Les patients avec une MP ont un profil métabolique de risque cardiométabolique plus faible. La prévalence de la sarcopénie (diminution de la masse maigre) est plus rare (6,6%) que la dynapénie (diminution de la force au hand grip, 75,5%).
L’indice de masse corporelle (IMC) est plus faible que les sujets contrôles chez les parkinsoniens. Ceci est plus relié au stade de la maladie qu’à sa durée. Un IMC faible est associé dans la population générale a des problèmes de santé, une surveillance de celui-ci pourrait prévenir un certain nombre de complications chez les sujets parkinsoniens.
Une prise de poids peut être plus rarement observée. Elle peut survenir au début de maladie, sous l’influence des agonistes dopaminergiques ou après neurostimulation. L’augmentation du poids après la stimulation du noyau sous-thalamique est quant à elle expliquée par la normalisation du métabolisme énergétique.
Ce gain de poids a peu de conséquences chez l’homme alors que c’est la masse graisseuse qui augmente chez la femme.

Les recommandations publiées suggèrent qu’il faut réaliser un bilan de dysphagie dès le stade II d’Hoehn et Yahr, en cas de démence, fuite salivaire ou de perte de poids. Les traitements de la constipation ayant démontré leur efficacité dans la maladie de Parkinson sont rares, lubiprostone et macrogol.
Les experts de l’ESPEN recommandent l’utilisation de probiotiques ou de lait fermenté. Une enquête multicentrique réalisée chez 60 patients parkinsoniens italiens appariés à des sujets contrôles a montré qu’une augmentation des apports protéiques et la présence de constipation étaient associées à de plus fortes doses de L-dopa.
Les régimes pauvres en protéines améliorent les fluctuations motrices. Il est aussi recommandé de substituer en acide folique, vitamine B12 et D.
Cette revue générale montre que la prise en charge nutritionnelle peut être optimisée au cours du suivi de la maladie de Parkinson.
Date de publication : 22 Décembre 2017