MOI ET MOI EN CONFLIT DANS MA TÊTE.

La plupart des gens prennent conscience qu’ils ont un corps anatomiquement parlant je précise et qu’il faut en prendre soin, que le jour où ils sont eux mêmes malades, avant ils n’y pensaient même pas, ou ils sont négligents, ils ne se sentent pas concernés. Cependant la vie réserve parfois de bien mauvaises surprises, la maladie en est une, elle peut arriver à n’importe qui, n’importe quand.
Pour en revenir à mes blocages j’ai constaté que j’avais deux sortes de blocages: ceux provoqués par la maladie de Parkinson qui répondent bien à mon traitement par pompe d’Apokinon, qui corrige le déficit en dopamine. En revanche ceux qui comme dirait un célèbre sportif, se manifestent « à l’insu de mon plein gré », c’est à dire que mon angoisse permanente déclenchent. Pas facile à expliquer mais en gros c’est dans ma tête que ce déroule un conflit entre ma conscience et mon inconscient.
C’est plutôt vicieux non?
Quand on réfléchit un peu, on réalise que notre cerveau, cette masse molle, d’aspect gélatineux, qui n’est fait que d’eau en majeure partie, d’un peu de graisse et quand on sait qu’il est aux commandes de notre corps en gérant toute sa  physiologie et son psychisme, c’est assez impressionnant. Nous sommes encore loin de tout savoir sur cette étrange partie de nous même, et nous n’arriverons jamais à faire le tour de la question.

Ces blocages surviennent brusquement et souvent rien que d’évoquer une situation anxiogène ou qui pourrait le devenir parce que je pense qu’elle pourrait le devenir. C’est la partie inférieure de mon corps qui s’immobilise, les articulations du bassin, des genoux, des chevilles sont verrouillées, par contre mes muscles restent souples et ne sont pas contractés.
Récemment j’étais en consultation chez ma généraliste et je me suis retrouvée en blocage alors que nous discutions de mon intervention, car il y a un « détail  » qui me préoccupe énormément car il n’est pas encore déterminé.
Sans mentir j’ai mis 10 mn pour sortir de son bureau c’est à dire pour faire 3 m. Puis il a fallu traverser un long couloir d’un dizaine de mètres pour me retrouver dans la rue. J’ai eu l’impression de faire Nancy Paris, à la vitesse d’un escargot. J’étais épuisée, essoufflée, mon mari me soutenait à gauche , ma généraliste a droite, tous les deux me stimulaient et m’encourageaient. Moi je m’efforçais de rester concentrée sur la marche, en essayant de rester debout car je me sentais m’effondrer à tout moment, j’avais peur de tomber. En même temps (petit rappel pour ceux qui l’auraient oublié, le Parkinsonien perd ses automatismes, marcher n’est plus naturel, ni spontané, vous quand vous vous déplacez, vous avancez sans vous poser de questions, vous n’y pensez même pas. Pour nous c’est comme si nous ne savions plus marcher, il faut réapprendre à chaque fois. Nous sommes devons réfléchir, imaginer le geste en le décomposant avant de l’exécuter. Alors dans ma tête je me répètais: avance le pied droit puis pose d’abord le talon puis les orteils, en même temps, regarde devant toi et ne bloque pas ta respiration, reste concentrée.
À savoir qu’il ne faut pas distraire un parki en pleine action, il n’est plus capable de faire deux choses en même temps car son cerveau ne se concentre plus que sur une chose.
Dans ces moments-là je repense à Newton, à la pesanteur, la loi de l’attraction terrestre tous ses cours de physique que j’ai passivement et distraitement écouté au collège, et pour lesquels je ne faisais pas l’effort de comprendre et je ne voulais pas en connaître l’utilité. Ah la jeunesse…
Me voilà donc sur le trottoir, maintenant il faut aller jusqu’au Pérou, c’est à dire jusqu’à la voiture qui se trouve à 50 m d’ici !! Pfffff, je suis sur les rotules, j’en ai marre, j’ai envie de m’asseoir mais je ne me sens pas capable de continuer mes efforts.
En face de nous de l’autre côté de la rue, il y a un café avec une terrasse, je demande à mon mari d’aller chercher une chaise. Enfin je peux me reposer. Vous ne pouvez pas savoir l’énergie que l’on dépense à faire tous ces efforts, c’est pour ça qu’il n’y a pas beaucoup de Parkinsoniens obèses. Après quelques minutes je décide de poursuivre mon parcours du combattant. Eric m’aide à me lever mais impossible d’avancer, mon pied est collé au sol comme s’il trempait dans du goudron, je suis scellée dans le bitume, telle une statue de pierre. Je me laisse alors tomber sur la chaise. 2 hommes qui avaient assisté à l’épisode dramatico-comico-banal du quotidien d’une parki qui galère pour essayer de vivre aussi bien qu’elle le voudrait, viennent proposer leur aide.
Eric rapproche la voiture de moi. Je suis un véritable poids mort mais d’un coup avec beaucoup de précaution je sens six bras costauds me saisir et me soulever de la chaise pour me transporter en douceur jusque dans la voiture .
Je suis à la fois soulagée, rassurée, et aussi honteuse. J’aime me donner en spectacle mais dans un théâtre pour interpréter un personnage mais pas pour jouer mon propre rôle dans la vraie vie. J’en ai et j’en connais encore qui se servant de la maladie pour se mettre en valeur, qui vivent pour elle et à travers elle, c’est malsain .

Je m’installe du mieux que je peux dans mon fauteuil, nous roulons sur quelques centaines de mètres et subitement j’ai dit à Eric ça y est je suis débloquée. Je n’ai pas compris ni comment ni pourquoi mais je me suis sentie détendue comme par enchantement. Qu’est-ce qui a déclenché cette libération j’ai beau réfléchir je n’ai toujours pas trouvé.
Que s’est-il passé dans ma tête, c’est ma tête c’est mon cerveau je devrais savoir ce qu’il s’y passe quand même ! J’aimerais bien être à l’intérieur de moi pour comprendre. Je suis sûre que j’aurai des surprises, cela me rappelle ce film américain de science fiction « Le voyage fantastique » de 1966, où l’on réduit les personnages pour les faire rentrer dans le corps humain pour l’ explorer.
C’est dans votre tête que cela se passe m’a dit le médecin, mais vous n’en êtes même pas consciente, responsable mais pas coupable.

Pas simple n’est-ce pas , mais heureusement il existe des gens compétents dans ce domaine, des spécialistes des cerveaux compliqués qui s’appellent les psychiatres pour essayer de démêler tout ça et justement la mienne m’a proposé des séances d’hypnose… pour essayer de trouver la cause de ce conflit interne, y a du boulot qui nous attend en particulier pour ma Psy.
Pour me débloquer je me suis aperçue que parfois après avoir dormi, tout redevenait normal, j’étais libérée, légere et détende.Toute cette tension musculaire s’était évanouie comme par enchantement, comme si quelqu’un avait appuyé sur un interrupteur.